Ce qui obtient de coutume votre vénération,—on n’a guère ici le loisir d’y penser;—tous les monarques du monde ne pourraient réussir à faire tourner à l’est ce vent d’ouest maudit qui empêche les bateaux de sortir et d’aller à la pêche.

Quand vous êtes dans une ville,—tout ce qui vous entoure a été construit de la main des hommes,—tous les accidents qui peuvent vous arriver, il dépend de vous ou du préfet de police et de ses agents de vous les faire éviter;—mais ici tout ce que nous voyons était là avant nous et durera après nous;—ces arbres ont abrité de leur ombre épaisse bien des générations et en abriteront d’autres encore après que nous serons morts, tous tant que nous sommes ici.—Quand la mer gronde et se livre à ses colères, vos quatre cent cinquante députés ne peuvent décréter qu’elle se calmera.

Tout ce qui a du pouvoir ailleurs,—on n’a ici aucune raison de s’en occuper.—Au-dessus de la mer il n’y a que le ciel—sans intermédiaire.

CORRESPONDANCE.—M. Dugabé—me fait l’honneur de m’écrire pour protester contre les renseignements qui m’ont été donnés à son sujet. (Numéro de juin.)

«S’il faut tout dire,—me dit M. Dugabé,—j’ai été l’adversaire constant du projet qui sert de base à des attaques que votre loyauté regrettera, j’en suis certain... Il y a trois ans que j’attaque la censure, et je suis décidé à la poursuivre de mes plaintes jusqu’à ce qu’elle soit digne, élevée, morale... Vous voyez, monsieur, que mes discours ne sont pas près de finir.

»J’ai appelé l’attention du gouvernement sur l’emploi des fonds destinés aux monuments publics, et, si l’engagement pris par deux ministres devant la Chambre demeure sans résultats, je reproduirai des faits qui prouvent avec quel soin on ménage l’argent des contribuables.

»Il est bien, monsieur, de poursuivre sans trêve ni merci la corruption et ses adeptes; mais prenez garde de vous tromper d’adresse en acceptant des renseignements qui détournent vos piqûres de ceux qui ont le plus à les redouter.

»J’oublie, monsieur, les droits que la loi me donne, et je demande à votre loyauté bien connue l’insertion de ma lettre dans votre première livraison.

»Recevez, monsieur, l’assurance, etc.