(Voici donc arrivée une de ces circonstances favorables que M. Gannal attendait avec patience.—Le duc d’Orléans meurt,—M. Gannal s’en afflige comme tout le monde, mais il espère avoir la consolation de l’embaumer. M Gannal n’est pas comme cette mère éperdue qui ne veut pas être consolée:—noluit consolari;—ce qu’il demande, au contraire, c’est d’être consolé.

On ne prend aucun souci de consoler M. Gannal,—on ne le charge pas de l’embaumement du prince.—M. Gannal fait entendre ses gémissements,—il donne à penser que le prince royal lui avait promis de se faire embaumer par lui.

M. Gannal avait déjà demandé la consolation d’embaumer l’empereur Napoléon.—Il lui a été refusé également d’enregistrer cette consolation sur ses livres en partie double. M. Gannal alors jette son gant dans l’arène,—il adresse à M. Pasquier un superbe défi.)

»Pour arriver à un résultat comparatif et certain, voici comment je pense que devront être faites les expériences, en présence de MM. Ribes, Cornac et Gimelle, que je choisis pour mes juges, et trois autres docteurs que vous choisirez à votre volonté.

»Je ferai un embaumement sans autopsie, et un second embaumement après une autopsie, en tout semblable à celle pratiquée sur le corps de M. le maréchal Moncey. Vous, monsieur le docteur, vous pratiquerez un embaumement en tout point semblable à celui que vous venez de faire pour le corps du malheureux prince dont toute la France déplore la perte. Je m’en rapporte entièrement à votre bonne foi sur l’identité des deux opérations.

»Les trois corps ainsi embaumés et déposés dans trois cercueils seront mis sous la surveillance de M. l’intendant des Invalides, et la clef de la pièce où ils seront placés sera confiée à la garde de M. le lieutenant général baron Petit; tous les mois les commissaires voudront bien vérifier les corps et constater l’état de leur conservation.

GANNAL, rue de Seine.»

(Cette fois on n’attendra pas une occasion favorable.—On prendra trois corps—au jour dit;—où les prendra-t-on?—c’est peu important.—M. Gannal ne s’arrête pas à ces menus détails; il nomme de son autorité privée le gouverneur des Invalides et M. le général Petit à d’étranges fonctions.—Il se réserve également de désigner les sujets à embaumer, et j’aime à croire que son choix tombera sur des morts.—Remarquons la petite phrase chevillée de mauvaise grâce, dont toute la France déplore la perte.—Il est évident que M. Gannal déplore cette perte comme tout le monde, ainsi qu’il nous l’a déjà dit,—mais qu’il déplore bien plus encore la perte de l’embaumement,—et cela non plus comme tout le monde,—mais d’une façon tout à fait spéciale,—puisque c’était la seule consolation qu’il pût recevoir.—Qu’arrive-t-il, cependant? M. Pasquier ne vient pas sur le terrain,—et M. Gannal lui écrit une autre lettre.—Passons à l’autre lettre.)