—Ah! monsieur, reprit-il de sa voix de conversation,—on nous a arraché le pain de la main;—on nous a fait enlever la mort de monseigneur le duc d’Orléans.—C’était pour nous une excellente affaire:—la mort d’un prince, c’est de l’histoire, et l’histoire appartient aux figures de cire.
—Peut-être, lui dis-je,—votre explication n’était-elle pas convenable?
—Oh! que si, monsieur, la voici:—Monsieur (et il me désignait le vieillard qui criait à la porte: «Entrez, entrez, trois cents sujets différents!») monsieur avait pris la démonstration dans le Journal des Débats;—du reste la voici:
J’ôtais mon chapeau—et je disais:...
Ici il se remit à chanter les vingt lignes empruntées au Journal des Débats.
—C’est une injustice,—monsieur,—ajouta-t-il en remettant son chapeau et en reprenant sa voix naturelle,—j’avais envie d’en écrire aux journaux,—mais je n’ai pas le temps—et je ne sais pas écrire;—monsieur,—c’est comme cela que les gouvernements se font détester; je ne vous dis que cela parce qu’on ne sait pas toujours à qui on parle.
Je ne voulus pas achever d’exaspérer ce pauvre diable en lui disant qu’à Rouen un confiseur a fait deux tableaux en sucre représentant la chute de voiture du prince royal—et sa mort chez l’épicier;—que ces deux tableaux, exposés publiquement dans sa boutique, excitent à la fois la moquerie et l’indignation;—que le talent du sculpteur en sucre n’a pu s’élever qu’à faire des personnages de ces deux tristes scènes de révoltantes caricatures,—et que la police en a toléré l’exhibition indécente.
En effet, l’artiste,—à l’imitation des sculpteurs grecs,—qui mêlaient au marbre l’or et l’ivoire,—l’artiste a usé de toutes les ressources que lui présentait sa boutique: le chocolat joue un grand rôle et représente à la fois et le tuyau de poêle dans l’arrière-boutique—et la perruque de Sa Majesté Louis-Philippe.
Je quittai le salon après avoir offert au démonstrateur quelques consolations,—et je repris ma route en songeant à une de ses phrases:
«Voilà comme les gouvernements se font détester.»