ASSURANCES CONTRE L’INCENDIE.—L’agent d’une société d’assurances contre l’incendie vous persécute pendant trois mois, s’introduit chez vous sous cent prétextes, vous envoie sous bande les récits des incendies que racontent les journaux;—enfin, vous cédez, vous vous faites assurer. L’agent vous aide dans l’estimation de votre mobilier.

—Pour combien faites-vous assurer vos tableaux?

—Mes tableaux?—je n’ai pas de tableaux.

—Eh bien! et ces cadres?

—De mauvaises croûtes.

—Mais non,—mais non, c’est meilleur que vous ne pensez;—faites-moi assurer ça pour dix mille francs.

—Mais ils ne valent pas cinq cents francs. Je ne veux pas voler votre Compagnie, qui aurait à me rembourser en cas d’incendie—une somme dix fois égale à la valeur de mes images.

—Vous ne la volez pas le moins du monde, la spéculation consiste à payer peut-être une forte somme—et à recevoir certainement un grand nombre de petites—proportionnées à la grosse somme qu’on espère bien ne pas payer;—les risques et les chances sont calculés.—L’assurance est un pari:—je parie dix mille francs une fois pour toutes que vos tableaux ne brûleront pas;—vous pariez tous les ans une certaine somme qu’ils brûleront. Ceci est comme l’ex-loterie:—on vous donnait soixante-quinze mille francs pour vingt sous,—mais il y avait tant de chances contre vous, que vous apportiez pendant toute votre vie vos vingt sous tous les deux jours—et qu’on ne vous donnait jamais les soixante-quinze mille francs.

Vous cédez,—votre conscience est calmée, vous n’avez plus peur de voler la Compagnie.

Au bout d’un an, de cinq ans, de dix ans, vos tableaux brûlent.