M. Ingres était lui-même,—on l’admirait, on l’aimait;—mais ses défauts ont amorcé des élèves qui n’ont pas tardé à devenir une école complète;—cette école a étudié sans relâche les défauts du maître et les a non-seulement atteints, mais surpassés.

En vain on leur a dit:

«Mes bons messieurs,

»Voyez les peintres de talent,—leur peinture ressemble-t-elle à la peinture de leur maître?—Géricault peint-il comme Guérin?—Decamps, Roqueplan, Delacroix, peignent-ils comme Gros et Girodet?—Robert-Fleury fait-il comme Horace Vernet?—et ledit Horace Vernet et M. Ingres lui-même peignent-ils comme David

L’empereur Napoléon a fait sortir bien des généraux de l’obscurité;—ces hommes, pour la plupart si distingués, n’étaient pas des singes qui se contentaient de s’affubler d’une redingote grise pour effaroucher l’ennemi.

M. Ingres, à force de voir sa charge faite par ses élèves,—s’est trouvé fort laid;—il a eu de récents remords en se croyant cause de la façon dont plusieurs jolies femmes—avaient été massacrées au dernier salon par ses plus chers disciples;—il s’est pris lui-même en horreur,—et a cherché une nouvelle manière, abandonnant avec dégoût, à son école, celle qu’elle lui a gâtée et rendue odieuse même à ses propres yeux.

Il vient de faire pour la cour de Russie une vierge dans laquelle il s’est efforcé d’être coloriste,—et il y tenait tant, qu’il a été jusqu’à lui sacrifier le dessin.—Il y a là une tête de jeune homme dont la bouche n’est pas sous le nez;—c’est ce que les peintres appellent, je crois, dans leur argot, ne pas être ensemble; la vierge est d’un modèle mou et rend—(toujours le même argot).

Oh! monsieur Ingres, je vous aime mieux vous-même;—j’ai vu par hasard une étude faite par vous en une seule séance,—d’après madame E... B..., âgée de dix-sept ans; rien n’est plus pur, plus jeune, plus naïf;—le modelé est la plus admirable chose qu’on puisse voir.