Je ne le trouve pas, et cependant il paraît qu’il y en a plusieurs et que chaque parti a le sien.
J’ai vu souvent les journaux raconter des revues du roi.—Les journaux ministériels disaient: «Le peuple a accueilli Sa Majesté par d’unanimes acclamations.»
Les journaux de l’opposition écrivaient: «Le peuple est resté silencieux et grave.»
«Le silence du peuple est la leçon des rois.»
Comme il s’agissait du même roi et de la même revue, il est évident qu’il ne peut s’agir du même peuple.
J’appelle peuple, monsieur, tout ce qui souffre,—tout ce qui gagne péniblement sa vie par le travail,—tout ce qui ne peut vivre qu’au moyen de la paix et des développements de l’industrie, qui en est la conséquence,—et je considère comme ses ennemis non pas seulement ceux qui laissent peser sur lui une trop lourde charge d’impôts,—mais aussi ceux qui, sous prétexte de défendre ses intérêts,—le jettent dans le découragement, en lui faisant faire des vœux impossibles à réaliser—et le précipitent dans des luttes sanglantes et criminelles—où les uns perdent la vie et la liberté, et les autres l’ouvrage et le pain de leur famille, que leur enlèvent le trouble et la défiance qui suivent toujours l’insurrection et l’émeute.
Pardonnez-moi, monsieur, de vous déranger dans vos loisirs.
On dit que vous êtes à Vichy,—et que vous pêchez à la ligne dans l’Allier;—j’ai fait justice, dans un livre publié il y a une douzaine d’années déjà,—des plaisanteries vulgaires prodiguées de tout temps à la pêche à la ligne.—Je regrette de n’avoir pu citer alors votre exemple;—au lieu d’avouer timidement que je pêchais aussi,—je l’aurais proclamé avec orgueil.
J’ai, comme vous, monsieur, passé quelque temps à Vichy,—et, comme vous,—j’y ai pêché à la ligne;—je ne crois pas y avoir fait autre chose,—mais je ne pêchais pas dans l’Allier;—je pêchais dans le Lignon. C’est une petite rivière que vous trouverez en allant de Vichy à Cusset,—et que je vous recommande: elle a dix pieds de largeur et tout au plus deux pieds de profondeur; elle coule claire et limpide sur un fond de sable, entre deux rives de gazon; des saules et des aunes qui la bordent enlacent leur feuillage par-dessus et couvrent l’eau d’un réseau d’ombre et de soleil. Par places, des touffes d’iris s’élèvent dans le lit du ruisseau. Au pied des saules, des ronces jettent d’un arbre à l’autre leurs rameaux et leurs feuilles d’un vert sombre, avec des fleurs d’un blanc rosé: la reine des prés, la filipendule, s’élance droite et svelte et balance ses thyrses semblables à des bouquets de mariées; le liseron blanc grimpe et serpente, et étend ses guirlandes d’un riche feuillage parsemé de grandes cloches; des bergeronnettes se cachent dans les saules où elles ont leur nid.
On n’y prend pas grand’chose,—c’est probablement comme dans l’Allier,—mais les fleurs, l’herbe, l’eau, y exhalent avec leurs odeurs de charmantes rêveries.