Dites-moi, je vous prie, ce que c’est que le peuple,—où il commence et où il finit,—car, je ne puis me contenter des définitions saugrenues qu’en donnent les journaux.
Le peuple—des journaux—est un peuple d’opéra-comique—auquel on fait dire:—Allons,—partons,—marchons;—ou bien: Célébrons ce beau jour.
L’armée recrutée dans le peuple—(car les riches s’abstiennent—et il n’y a en France que les enfants du peuple et les enfants des rois—qui ne puissent s’exempter du service militaire),—l’armée fait-elle partie du peuple d’où elle sort et où elle retourne après quelques années passées sous les drapeaux? Tout homme du peuple est, a été ou sera soldat.
Cependant, à propos des émeutes de Toulouse, vos journaux ne cessent d’opposer l’armée au peuple.
J’ai cité,—en son temps,—un article spirituel du National,—dans lequel ce carré de papier—s’indignait avec raison—contre les talons rouges de comptoir;—le commerce est donc également exclu du peuple.
Ces mêmes journaux louent parfois la garde nationale de son intervention entre le pouvoir et le peuple.
La garde nationale ne fait donc pas partie du peuple;—on ne sait que trop cependant jusqu’où les sergents-majors vont trouver les gens pour les enrôler dans cette institution. J’ai vu des garçons marchands de vin,—des maçons,—des menuisiers (le mien, M. Collaye, m’a envoyé trois jours en prison, avec l’approbation de mon fruitier).
Dans la seule garde que j’aie jamais montée,—j’ai rencontré en faction avec moi,—chacun gardant une des bornes de la mairie, un marchand de charbon de terre qui passa les deux heures de notre faction à me reprocher amèrement de lui avoir ôté ma pratique.
Mon portier dit: «Nous, nous vivons encore,—mais le peuple a bien du mal.»
Où est donc le peuple?