Le dieu va en ville.

Je me retire en pensant que si un dieu mercier a quelques avantages, il regagne l’infériorité sous d’autres points.—Dieu l’ancien est partout à la fois,—tandis que le dieu Cheneau,—quand il est sorti, n’est pas à son comptoir.—Les affaires du dieu doivent nuire à celles du mercier.—Ainsi ne soit-il pas.

Comme j’allais voir Janin, l’autre jour,—je m’arrêtai surpris au coin de la rue de Tournon.—J’étais au milieu de la rue:—deux ou trois cochers me crièrent: «Gare!»—J’allai m’adosser à une boutique pour voir si mes yeux ne m’avaient pas trompé.

Vous savez cette vieille enseigne, autrefois célèbre, de M. Pigeon? Elle représente un garde national en costume bourgeois, par-dessus lequel il a endossé la giberne et le sabre avec leurs larges courroies blanches en croix: c’est une caricature assez bien faite.

Ce qui causait ma surprise,—c’était de voir que le marchand de nouveautés avait décoré, de son autorité privée, son enseigne de la croix de Juillet et de la croix d’honneur.

Je ne suis pas partisan effréné de la garde nationale;—trente-huit volumes des Guêpes en feraient foi au besoin;—mais si j’étais préfet de police ou ministre donnant des ordres au préfet de police,—et ayant besoin de la garde nationale, je ne voudrais pas avoir signé une autorisation—pour qu’on mît ainsi au-devant d’une maison une caricature permanente contre la garde nationale.

Mais ceci n’est qu’une considération secondaire.

Certes, c’est une belle et puissante chose—que d’avoir persuadé aux hommes que les plus grands dévouements, le risque perpétuel de la vie, la perte d’un bras ou d’une jambe, étaient plus que récompensés par quelques centimètres de ruban d’une certaine couleur.

Et un gouvernement qui possède une pareille monnaie est assez bête pour l’avilir!—d’abord en la prodiguant sottement et en en payant des services honteux,—mais encore en la laissant insulter par qui le veut.