Certes, si j’écrivais aujourd’hui que le gouvernement rogne les pièces de cent sous ou mêle un tiers d’alliage aux pièces de vingt francs,—le procureur du roi exigerait une rectification ou mieux encore me ferait un procès.—«Quoi! me dirait-il, vous dépréciez la monnaie, vous cherchez à tuer la confiance, à détruire la sécurité des transactions!—mais vous faites là une mauvaise action, monsieur,—une action dangereuse.»
Et on permet à une marchande de foulards de coton de tourner en ridicule cette noble et belle monnaie avec laquelle on paye les braves sans les déshonorer!
C’est une lâcheté et une sottise.
Il est une chose honteuse, infâme, qui n’est assez flétrie ni par les tribunaux ni par l’opinion.
Je veux parler d’une sorte de vol lâche et ignoble—que les filous appellent chantage, et que l’on retrouve aujourd’hui, sans interruption, depuis les carrefours les plus mal famés jusque dans les administrations, dans les ministères,—dans les lieux les plus élevés et les plus respectés.
PREMIER EXEMPLE.—Une petite fille de quatorze ans s’introduit chez un homme, sous prétexte de lui vendre des cure-dents;—un quart d’heure après, le père et la mère,—ou un oncle,—ou un frère aîné,—arrivent en fureur,—menacent, crient, pleurent: la fille était, jusqu’ici, vertueuse;—elle n’a pas seize ans;—on va faire un procès criminel;—l’honneur de la malheureuse enfant est perdu;—toute une famille désolée ne pourra se calmer que par cent écus; on marchande la consolation de la famille,—on s’arrange à soixante francs: le tour est fait,—et la jeune innocente—va continuer ses exercices dans un autre quartier.
DEUXIÈME EXEMPLE.—Un cocher de fiacre a conduit une femme bien mise dans un quartier éloigné;—elle était pâle, troublée;—elle est restée plusieurs heures, s’est fait descendre au coin d’une rue et a payé le cocher généreusement—sans compter.
Le cocher la suit, voit où elle demeure,—apprend son nom du portier,—et le lendemain vient demander à lui parler;—il s’adresse à une femme de chambre;—la femme de chambre avertit sa maîtresse qu’une sorte d’ouvrier vêtu d’un carrick veut lui parler.