»16.—Et dit à ceux qui vendaient des pigeons: Otez ces choses d’ici et ne faites pas de la maison de mon Père un lieu de marché.» (Évangile selon saint Jean.)

Monseigneur, le vendredi—treize janvier de cette année, un fils suivait avec quelques amis le corps de son père, le cortége s’arrêta rue Saint-Louis, vis-à-vis l’église de Saint-Denis-du-Saint-Sacrement, et on porta le corps dans l’église.

Des menuisiers travaillaient dans l’église, sciaient des planches et enfonçaient des clous à coup de marteau;—il ne se trouva personne pour leur imposer silence; il y avait bien là un homme, mais il offrait de l’eau bénite et tendait la main; il y avait bien là une femme, mais elle passait dans les rangs des chaises, et tendait la main. Un des amis du mort alla trouver les ouvriers et ne put leur faire suspendre leur travail qu’en leur donnant de l’argent. Le suisse vint chercher le fils du mort et un de ses amis et les mena à la sacristie.—La sacristie leur parut répondre à ce qu’on appelle les coulisses dans les théâtres.—En effet, il y avait là deux hommes dont l’un s’habillait et revêtait le costume du rôle qu’il avait à jouer.—L’autre, qui avait fini le sien, remettait l’habit bourgeois.

Un vieux prêtre—faisait au fils du mort—quelques questions dont il inscrivait les réponses sur un registre;—pendant ce temps les deux hommes qui changeaient de vêtement causaient et riaient tout haut.—Je remarquai surtout celui qui allait entrer en scène;—c’était un grand drôle—déguisé en prêtre;—il avait des cheveux noirs huilés—prétentieusement aplatis sur les tempes;—il riait et parlait comme personne de bien élevé n’oserait rire et parler dans un endroit où il y a quelqu’un qui fait des questions et quelqu’un qui répond. Je ne parle ni de la solennité du lieu,—ni de la solennité de la cérémonie; et pendant ce temps—le fils, arraché à son profond recueillement, sentait dans son âme la douleur s’aigrir en colère et en haine.—Son ami l’entraîna—à la triste stalle—où il devait assister à cette représentation.—En effet, la chose commença.

Le personnage aux cheveux huilés ne tarda pas à faire son entrée; il avait revêtu avec la chasuble—un air contrit, humble et béat; il tenait les yeux modestement baissés à terre;—il portait à la main une bourse—et allait à chaque personne demander quelques sous—en faisant des révérences;—il ne riait plus, car c’était le moment sérieux de la cérémonie,—le moment de la recette.—Quelque riche que soit devenue l’Église, elle n’a pas pour cela cessé d’être humble, et, pour montrer cette humilité, elle ne laisse jamais passer une occasion de demander l’aumône. Le drôle aux cheveux huilés,—d’une voix cauteleuse et caressante,—bien différente de sa voix de la sacristie,—accompagnait chacune de ses révérences de ces mots: «Pour les besoins de l’église, s’il vous plaît.»

Ces paroles m’ont frappé, monseigneur, et j’ai songé que l’Église est dans une mauvaise voie.

Ce n’est pas des quelques gros sous—que cet homme recueille dans sa bourse—que l’Église a besoin,—pensai-je alors,—mais c’est de croyance et de foi dans son propre sein.

Quoi! monseigneur, c’est au moment où un fils et des amis brisés par la douleur vont demander à l’Église et à la religion des consolations pour eux et des prières pour leur père et leur ami,—qu’ils ne trouvent que de mauvais comédiens qui ne prennent pas la peine de savoir leur rôle—et de le jouer décemment!

Il y avait là des poëtes, des musiciens, des soldats,—et tout ce monde-là était décent et recueilli,—tous, excepté les prêtres, monseigneur.

Tout le monde priait pour le mort,—excepté les prêtres, qui l’insultaient.