Mais c’est écrit en latin,—c’est écrit en beaux vers!
Étonnez-vous donc ensuite si vous faites une nation de bavards et d’avocats;—plus tard—on apprend si on peut,—et combien en ont le temps—puisque le latin prend toute la première jeunesse—et vous conduit aux portes de la vie civile et sérieuse?—on apprend—quelques-uns, du moins, un sur trois cents,—que les abeilles ne viennent pas de bœuf pourri.
Absolument comme les gens qui font apprendre deux langues aux enfants:—l’une, composée de mots ainsi faits: Maman,—nanan,—dada,—papa,—dodo,—lolo, etc.;—l’autre, qui dit les mots: Mère,—friandise,—cheval,—père,—lit,—lait, etc.
Certes,—et je puis parler ici sans qu’on m’accuse de ressembler au renard qui avait perdu sa queue dans un piége,—j’ai été ce qu’on appelle un élève distingué dans l’Université,—j’ai ensuite professé le latin et le grec,—j’ai rendu, sous ce prétexte,—à de pauvres enfants que je retrouve hommes aujourd’hui éparpillés dans les diverses conditions de la vie,—je leur ai rendu une partie de l’ennui que m’avaient donné mes professeurs;—je serais fâché de ne pas savoir ces langues,—qui, de temps en temps, me permettent de lire de belles pensées écrites en beau style.
Mais si c’est une des choses les plus agréables qu’on puisse savoir,—c’est une des moins utiles—dans les besoins et les nécessités de la vie.
Sur soixante élèves qui composent d’ordinaire une classe de collége, c’est un grand malheur s’il doit y avoir un poëte.—Eh bien! toute l’éducation pendant dix ans n’est faite que pour ce poëte.
Les autres—qui seront—notaires,—ou ferblantiers,—médecins—ou droguistes,—suivent les mêmes cours,—et passent, entre autres choses, trois ans à apprendre à faire des vers latins, et quels vers, bon Dieu!
J’aimerais autant les voir jouer à la balle pendant dix ans,—au moins cela ne leur donnerait pas d’idées fausses—et serait tout aussi utile aux diverses professions qu’ils doivent embrasser.
Quoi!—on passe dix ans à apprendre,—que dis-je? à ne pas apprendre le latin.
En effet,—demandez à vous-même, demandez à ceux que vous connaissez: «Êtes-vous capable de lire Martial en latin?—êtes-vous capable d’écrire une lettre en latin?» Trouvez-moi dix hommes de quarante ans—qui fassent sans faute un thème—qu’on donnerait à des élèves de cinquième,—et qui obtiendraient la première place dans une composition avec des enfants de dix à douze ans!