S’il est quelque chose dont on ait abusé de ce temps-ci, c’est sans contredit le peuple.

A entendre les gens,—tant ceux du pouvoir que ceux de l’opposition,—tant ceux qui ne veulent pas lâcher les places et l’argent que ceux qui voudraient s’en emparer,—rien ne se fait que pour le peuple.

Ces pauvres gens ne veulent rien pour eux,—ils n’ont besoin de rien, ils n’accepteraient rien;—s’ils font tant de bruit, tant d’intrigues, tant de lâchetés, tant d’infamies, tant de trahisons, tant de mensonges,—ne croyez pas qu’ils en espèrent tirer le moindre bénéfice;—vous ne les connaissez pas:—c’est pour le peuple.

Certes, on en doit croire sur parole tant d’honorables personnages,—et je ne m’aviserais pas d’aller éplucher leurs actions pour voir si elles sont en tout conformes à leurs paroles. Mais un hasard m’a cependant forcé de faire une observation.

Je lisais, en même temps que cinq ou six autres badauds,—l’affiche qui indique les prix du chemin de fer de Paris à Rouen, et je ne pus m’empêcher de remarquer—que—le prix des dernières places, fixé à dix francs, est déjà trop élevé, attendu qu’il est à peu près égal à celui que prenaient les messageries,—et supérieur à celui que prennent aujourd’hui certaines administrations;—de plus, les waggons affectés à ces dernières places ne partent qu’à certains voyages et pas à d’autres, et cela, je crois, dans la proportion de deux voyages sur six ou sept.

Un assassin nommé Caffin vient d’être condamné par la cour d’assises de la Seine;—mais, le jury ayant reconnu en sa faveur des circonstances atténuantes, il n’a été condamné qu’aux travaux forcés.

Il serait à désirer que MM. les jurés trouvassent moyen d’appliquer également les circonstances atténuantes aux victimes aussi bien qu’aux assassins.

La peine de mort est supprimée à peu près généralement pour MM. les assassins, par l’omnipotence du jury.

J’ai déjà expliqué qu’il en devait être ainsi dans un temps où la justice criminelle est rendue en très-grande partie par des marchands.—Le vol est devenu le crime le plus grave de tous et est relativement puni aujourd’hui bien plus sévèrement en France que l’assassinat.