J’ai d’abord failli ajouter que le latin était également utile pour la profession d’ambassadeur.—Mais, après quelques instants de réflexion, j’ai pensé qu’il faudrait connaître le discours de S. M. l’empereur pour décider si les ambassadeurs résidant à Vienne se sont plus ennuyés en ne comprenant pas ce que disait le prince—qu’ils ne se seraient ennuyés en comprenant son discours.
Néanmoins, les ambassadeurs devaient faire une bonne figure,—à peu près celle que font aux distributions des prix aux concours de la Sorbonne—les parents des lauréats, qui écoutent attentivement le discours latin d’usage, dont ils ne comprennent pas un mot,—sourient ou balancent la tête aux beaux endroits et applaudissent à la fin.
Comme l’autre jour j’entendais parler avec indignation de la liste civile—et du peuple écrasé par elle,—je ne fus pas fâché de savoir à quoi m’en tenir quant à moi,—et bien établir ce que me coûte le roi—et si je suis écrasé.
Parce que, dans le cas où je serais écrasé,—je joindrais naturellement ma voix aux cris qui se font entendre à ce sujet.
Or, voici mon compte exact avec le roi:—je paye mon trente-deux millionième des douze millions de sa liste civile, c’est-à-dire à peu près neuf sous par an.
D’autre part, comme abonné aux Guêpes, le roi me donne douze francs, sur lesquels,—après que j’ai payé—le papier, l’impression, le timbre, la poste, etc., etc., quand les libraires ont prélevé leur remise, etc., etc.,—il me revient pour ma part la somme de trois francs.
Le roi me coûte neuf sous par an et me donne trois francs,—c’est cinquante et un sous de bénéfice net pour moi.
Je ne puis, en conscience, joindre ma voix aux cris qui se font entendre à propos de la liste civile.