«Il n’y aurait pas besoin d’avocats pour défendre la veuve et l’orphelin, s’il n’y avait pas d’abord d’avocats qui les attaquent.»

M. de Kératry a dit ces jours passés dans la Presse:

«Je suis tenté de sourire de pitié quand ces messieurs s’arrogent fastueusement le titre de défenseurs de la veuve et de l’orphelin, qui pourraient se dispenser de recourir à cette tutelle parfois assez onéreuse, si d’autres avocats, pour un même salaire, n’avaient auparavant fait irruption dans le champ de cette même veuve et de ce même orphelin.»

Voici encore un fait analogue à un que j’ai cité il y a quelques mois:—J. Boulard, rencontré par trois hommes ivres, est attaqué et rudement battu,—par suite de quoi il passe cinq jours au lit et dépose une plainte contre ses agresseurs;—ceux-ci, amenés devant le tribunal, ne nient pas le fait et cherchent à s’excuser en rejetant leurs torts sur le vin.—Le tribunal, usant d’indulgence,—écarte la prison et les condamne chacun à cent francs d’amende.

—Au profit de J. Boulard, sans doute?

—Non,—au profit du trésor,—au profit du gouvernement,—faible consolation encore pour un gouvernement vraiment paternel qui a eu la douleur de voir battre ainsi brutalement un de ses enfants dans la personne de Jean Boulard.

Il était question depuis quelque temps d’une grande fête chevaleresque et d’un magnifique tournoi qui devaient avoir lieu dans le Champ de Mars.—M. le préfet de police a refusé son autorisation;—nous nous permettrons de trouver que cette mesure de M. Delessert n’est pas adroite.—Les gouvernements ne peuvent que gagner à ce que le peuple s’amuse,—surtout,—comme dit l’héroïne de je ne sais quelle chanson bouffone,—surtout quand il n’en coûte rien.

A moins que M. le préfet,—jaloux de ses droits, ne veuille contribuer seul et exclusivement aux plaisirs et à l’amusement des Parisiens.