On racontait bien des prodiges—de la flûte de roseaux de Marsyas, de l’écaille de tortue à trois cordes (testudo), qui servait de lyre à Orphée;
Des brins d’avoine (avena) et des tiges de ciguë (cicuta) sur lesquels les anciens faisaient de si belle musique.
Mais cela n’avait que peu de succès,—les violons d’alors ne s’en inquiétaient pas plus que les pianistes d’aujourd’hui; on se croyait en progrès pour la musique;
Et ainsi pour l’art militaire,—et ainsi pour l’industrie et ainsi pour les sciences.
Mais pour la poésie,—pour la littérature,—les modernes (Racine, Molière, Corneille) n’étaient que tout au plus dignes d’imiter les anciens,—ou d’expliquer leurs beautés.
Racine,—Molière,—Boileau,—Corneille, sont morts,—ils ont passé à l’état d’anciens,—c’est-à-dire d’hommes qui ne prennent pas de part de soleil, de gloire, ni d’argent;—ils servent aujourd’hui—précisément à ce que servaient contre eux les anciens.
L’admiration exclamée pour les morts—n’est qu’un déguisement ordinaire de la haine pour les vivants.
Un autre procédé qu’emploie quelquefois l’envie,—mais dont elle use sobrement à cause qu’il est dangereux,—consiste à prendre un inconnu et à l’élever contre ceux dont l’éclat l’offusque et l’irrite.
Le succès de M. Ponsard et de sa Lucrèce—a été fait beaucoup moins pour lui que contre MM. Hugo, Dumas, etc.
Le procédé, comme je le disais, était dangereux—parce que M. Ponsard a du talent.