Il en est de même de la croix d’honneur.—Il arrive à chaque instant qu’on la voit si grotesquement figurer à certaines boutonnières,—qu’on n’ose pas même féliciter les nouveaux décorés, qu’on suppose embarrassés de leur première sortie. On en est venu au point, cependant, d’être un peu honteux d’une semblable prostitution;—beaucoup de noms de légionnaires ne sont pas inscrits au Moniteur. Mais cet effet de la honte tourne au profit de l’audace. C’est par pudeur que l’on évite le contrôle qu’amènerait la publicité. Mais une fois ce contrôle évité, on n’a plus besoin de se gêner. Et on ne se gêne plus.
M. Donatien-Marquis et M. Lherbette, députés, ont demandé hautement à la Chambre la suppression de ces honneurs honteux et clandestins,—et l’insertion au Moniteur de tous les noms des légionnaires.—La Chambre n’a tenu aucun compte de cette proposition.
Pendant qu’on imprime les Guêpes, je remarque que le National est revenu avec une honorable humilité sur ce qu’il avait dit au sujet du malheur arrivé à M. Lacave-Laplagne.
Les journaux annoncent que Trouville fait construire un théâtre;—je ne crois pas que Trouville ait raison. Ce qu’on va voir à Trouville, c’est la mer, c’est le départ et l’arrivée des pêcheurs;—c’est la Touque, cette jolie petite rivière qui tombe dans la mer; c’est la belle plage découverte à la marée basse, et placée si admirablement pour voir coucher le soleil.—Mais que voulez-vous que fassent les Parisiens d’une troupe de comédiens de huitième ordre que vous rassemblerez avec grande peine?
Savez-vous ce qui a fait depuis dix ans la fortune de Trouville? C’est son isolement, c’est son aspect calme, c’est tout ce que vous vous efforcez de lui faire perdre.—C’est que ce n’étaient pas des bains de mer.
Trouville est déjà loin d’avoir le charme que nous y trouvions il y a une douzaine d’années,—à l’époque où nous découvrions Trouville et Étretat,—sans compter que tout y est maintenant aussi cher qu’à Dieppe ou au Havre.—Le conseil municipal de Trouville semble avoir en vue ce que disait une femme du monde en traversant une grande forêt;—on lui en faisait admirer la fraîcheur, le calme et le silence; on lui faisait admirer les dômes de verdure d’où tombaient des chants d’oiseaux.
—Oui, dit-elle, c’est très-joli; j’aime, comme vous, les forêts et les rivages;—mais quel malheur que ces choses-là ne se rencontrent qu’à la campagne!
Comme on ne peut guère amener la mer à Paris, on cherche à mettre au bord de la mer tout ce qu’on peut de Paris.