Chaque année, si des pluies inopportunes, si des chaleurs trop ardentes viennent inspirer quelques craintes sur la récolte prochaine,—ils espèrent une disette,—même peut-être une famine.—Mais ils n’ont pas la patience de l’attendre,—ils accaparent les grains,—et, par toutes sortes de ruses et de moyens honteux de leur part,—aidés de la sottise publique—et de l’incurie de l’administration,—ils trouvent moyen de donner tout de suite au peuple un avant-goût de misère et de jeûne.
Quoi!—parce que le blé de cette année n’est pas encore en fleurs,—parce que les pluies font craindre qu’il ne fleurisse pas bien,—cela augmente la rareté et le prix du blé récolté il y a un an!
Comment ne recherche-t-on pas,—comment ne poursuit-on pas avec persévérance les coupables auteurs de ces infâmes manœuvres, pour les livrer à des peines sévères et méritées?
M. Villemain a dit: «Les professeurs de l’Université ne manquent jamais une occasion de rappeler aux élèves ce qu’ils doivent à Dieu,—à leurs parents,—au roi et à leur pays.»
M. Villemain sait bien que ce n’est pas vrai. En septième, on traduit l’Epitome historiæ græcæ, et l’on fait des pensums;—en sixième, le de Viris illustribus,—et l’on fait des pensums;—en cinquième, Cornelius Nepos,—et le Selectæ e profanis scriptoribus historiæ,—et l’on fait des pensums, etc., etc.—Mais de morale,—mais de devoirs, mais de raison, pas un mot.—On appelle devoirs, au collége, les thèmes et les versions,—et on n’en connaît pas d’autres.
Il est une alliance d’idées monstrueuses,—qu’il était réservé à notre époque d’oser faire,—je veux parler d’honneurs clandestins.
Les Guêpes ont déjà parlé de la manière honteuse dont on distribue aujourd’hui les médailles après l’exposition de peinture.—Autrefois, le roi lui-même—les distribuait publiquement,—et le Moniteur—imprimait les noms heureux.—Aujourd’hui on apprend de temps en temps, tantôt par un journal, tantôt par un autre, que M. un tel ou madame trois étoiles a reçu une médaille d’or pour un tableau remarqué à l’exposition.
On ne saurait croire combien d’images grotesques sont ainsi honorées d’une récompense que l’on déshonore. Quelques médailles méritées—sont données par je ne sais quel subalterne, qui écrit au peintre désigné de venir chercher sa médaille chez lui. Si le peintre n’a pas d’amis dans quelque journal,—personne ne sait rien du prix qu’il a obtenu.