LA VÉRITÉ SUR PLUSIEURS CHOSES.—L’autre jour, la mer commençait à remonter, et le soleil achevait de se coucher derrière de gros nuages gris;—entre les nuages et la mer il restait un espace où le ciel pur était d’un bleu pâle, avec lequel se fondaient harmonieusement des teintes jaunes et orangées.—A l’horizon, au-dessous de ces couleurs brillantes, la mer était d’un bleu sombre presque noir.
Plus près de moi, éclairée obliquement par les derniers rayons du soleil affaibli,—elle était d’un azur pâle et mal glacé par grandes taches—comme de grands miroirs;—ici d’une belle couleur d’algue marine,—là d’un jaune peu lumineux.
Je revenais de pêcher des plies et des crevettes,—et, arrivé sur le sommet d’une petite colline qui conduit à ma demeure, je me retournai pour voir le beau spectacle de toutes ces belles couleurs enchâssées dans l’ombre et la nuit.
Quelqu’un me dit: «Bonsoir, voisin,» et je reconnus un habitant de la commune que j’habite,—un ancien militaire qui vit au bord de la mer avec sa petite retraite—et venait jouir comme moi de ce spectacle gratis, proportionné à ses moyens.—Nous prîmes deux stalles voisines sur le thym sauvage qui tapisse cette colline,—et nous regardâmes le ciel et la mer, puis nous parlâmes de choses et d’autres.
—Il paraît, voisin, que les choses vont bien mal là-bas, me dit-il en me désignant de la main la route que suivaient de gros nuages qui portaient de la pluie aux Parisiens.
Et, comme je ne répondis pas,—il continua:
J’ai lu LE journal ce matin,—tout va mal;—la France entière est en combustion.—Le journal était tout rempli de protestations de diverses villes et cités contre l’ordonnance de M. Humann,—et ces protestations, signées des citoyens les plus honorables, à ce que dit LE journal,—étaient faites plus contre le gouvernement actuel et contre ses allures—que contre l’ordonnance de recensement, qui n’est qu’un prétexte.—Il en arrive de tous les coins de la France.
D’autre part, les gardes nationales de partout—envoient des adresses emphatiques à la garde nationale de Toulouse, et ces adresses servent encore de cadre à des paroles de haine contre le gouvernement de Louis-Philippe.
Les élèves des écoles sont allés porter des compliments à M. de Lamennais—et faire assaut de phrases menaçantes et républicaines avec M. Ledru-Rollin, le nouveau député de la Sarthe.
D’après cela, voisin, il est évident que les citoyens les plus honorables de toutes les villes de France,—toutes les gardes nationales et toute la jeunesse,—en un mot que la France entière ne veut plus de Louis-Philippe.