Revenons aux protestations, aux lettres, aux adresses, etc.
Tantôt le journal vous dit: «Cette protestation est signée de plus de cent cinquante noms.»
Tantôt elle est revêtue de la signature des citoyens les plus honorables.
Tantôt, après la lettre, vous lisez: «Suit une foule ou une masse de signatures,» etc.
Dans une adhésion quelconque à quoi que ce soit, il faut examiner deux choses:—le nombre et la valeur des adhérents;—en effet, vous admettez que, sur dix hommes, il puisse arriver que l’opinion de quatre vaille mieux que celle des six autres—si vous composez ce nombre de dix de quatre hommes distingués par leurs connaissances, leur esprit et leur désintéressement,—et de six choisis parmi des ignorants, des avides et des fous.
Il ne faut pas se figurer qu’une ville tout entière—s’écrie: Nous le jurons!—ou Partons!—comme un peuple d’opéra.
Pour ce qui est des protestations signées de plus de cent cinquante noms, il faut songer que, même en ramenant à leurs proportions réelles les divers bourgs—appelés villes et cités par le journal depuis qu’ils ont protesté,—on ne peut supposer une population moindre de deux mille hommes.
—C’est la population d’Étretat, qui n’est qu’un village.
—Plus de cent cinquante ont signé,—cela veut dire cent cinquante et un;—c’est comme les gens qui, après avoir fait suivre leurs noms de tous leurs titres, grades et décorations,—disent, etc., etc., etc., quand ils ont fini.
Si cent cinquante et un citoyens ont signé, il s’ensuit tout naturellement que dix-huit cent quarante-neuf n’ont pas voulu signer,—ce qui fait une protestation beaucoup plus forte contre celle dont on fait tant de bruit.