M. Villemain a parlé à son tour:—c’est à peu près le même discours qu’avait prononcé M. Cousin l’année dernière;—aussi je prie mes lecteurs de jeter un coup d’œil sur le volume de septembre 1840.—Et je dirai à M. Villemain,—comme je disais alors à M. Cousin: «Non, monsieur, il n’est pas vrai que les lettres conduisent à tout;—fouillez votre mémoire, monsieur, fouillez votre conscience,—et voyez si c’est seulement aux lettres que vous devez d’être aujourd’hui ministre;—rappelez-vous depuis 1815, monsieur, où vous fîtes assaut avec M. Cousin d’adulation envers l’empereur de Russie,—jusqu’à ce jour où nous sommes;—et que faites-vous, monsieur, et à quoi pensez-vous donc,—de venir jeter dans toutes ces jeunes têtes des ferments d’ambition?—Mais ne voyez-vous pas, monsieur, que c’est là la maladie de l’époque,—et que votre discours, pour être raisonnable et moral, devrait dire précisément tout le contraire de ce qu’il dit?—L’éducation exclusivement littéraire que vous donnez à la jeunesse est déjà assez ridicule et mauvaise comme cela,—et vous la poussez encore aux conséquences de cette éducation,—au lieu d’enseigner aux jeunes gens la modération, au lieu de leur faire aimer la situation où le sort les a placés,—au lieu de leur apprendre à honorer la profession de leur père.»

Au collége de Bourbon, M. Rossi, qui présidait la distribution des prix,—a traité la même question.—Eh! non, monsieur Rossi,—mille fois non,—ce n’est pas par les lettres que vous êtes arrivé à être pair de France,—ce n’est pas vrai, vous le savez bien.

Vous êtes plus près de la vérité quand vous dites: «Ne croyez pas que le génie des lettres soit frivole,—il régnait dans la Florence au milieu de ces marchands dont les spéculations hardies, etc., etc.»

Oui,—monsieur,—le génie des lettres n’est pas frivole,—ici, vous avez raison, et vous le savez bien,—quand on est marchand, quand on vend beaucoup de choses, et quand on fait des spéculations hardies.

Messieurs Villemain et Rossi,—vous trompez tous ces jeunes gens qui vous écoutent;—il fallait leur raconter en détail—l’histoire de votre élévation;—il fallait leur avouer que les lettres ne suffisent pas,—qu’il faut encore la manière de s’en servir.

Il n’y a que deux écrivains que je n’ai pas rencontrés,—disait dernièrement un étranger, c’est M. Paul de Karr et M. Alphonse Kock.