Cela ne fait rien;—on a inventé en sus que les ministres devaient couvrir la royauté,—et on leur a reproché de la découvrir; sans songer que, par l’art. 12,—ils ne peuvent pas la découvrir, qu’ils la couvrent toujours de leur responsabilité.

Puis on a établi en principe que le roi est comme un chevreuil dans une broussaille;—tant mieux pour lui si on ne le voit pas;—mais, si les ministres (la broussaille) en laissent voir la tête ou la patte,—on a le droit de tirer dessus—(et vous avez vu qu’on ne s’en tient pas en ce genre au sens métaphorique).

Je n’ai pas besoin de vous rappeler, monsieur Augustin, combien de fois on a essayé d’assassiner le roi Louis-Philippe:—voici qu’un monsieur membre, dit-on, d’une des sociétés qu’il serait temps de ne plus appeler secrètes, après que depuis dix ans on n’a pas parlé d’autre chose, a tiré sur le jeune duc d’Aumale;—un de ces jours on tirera sur les princesses.

La reine, assure-t-on, n’est jamais si heureuse que lorsque ses fils sont en Afrique, au milieu des maladies du pays,—exposés au fer et au feu des Arabes,—parce qu’alors ils sont à l’abri des dangers plus grands des rues de Paris.

Le Courrier Français,—un carré de papier dont le plus fort rédacteur en chef,—feu Châtelain, disait: «Voilà vingt ans que je fais tous les matins le même article avec le même succès.» le Courrier Français—dit que l’on a été imprudent de décerner une sorte d’ovation à un jeune prince:—car, à son avis, c’est là ce qui a éveillé la pensée de ce crime abominable.

En effet,—voici un bon moyen de faire détester aux princes les adulateurs; chaque fois qu’un prince recevra une flatterie, qu’on tire dessus comme sur une bête fauve, et je réponds que les princes redouteront les flatteries.

De bonne foi—cependant, monsieur V*** de la P***,—si, chaque fois que le Courrier Français a décerné des ovations à mademoiselle Fitzjames,—cette danseuse maigre et verte que vous savez,—un spectateur lui avait tiré un coup de pistolet du parterre de l’Opéra,—n’auriez-vous pas trouvé cela un peu sévère?

Enfin, monsieur Augustin, il y a en France plus de cent cinquante journaux qui tous les jours prodiguent au roi les injures et les sarcasmes, et plus de cent cinquante mille personnes qui répètent ces sarcasmes et ces injures;—et vous savez, monsieur Augustin, que, dans les habitués des cafés, si quelqu’un laissait remarquer qu’il prononce le nom du roi sans y joindre quelque fâcheuse épithète, on ne tarderait pas à le soupçonner d’être un mouchard.