Je vous en donnerai pour exemple M. Buloz, homme sans aucuns titres littéraires,—directeur de deux Revues et du Théâtre-Français,—nom inventé par M. Molé.—Vous le croyez peut-être très-perplexe, entre M. Duvergier de Hauranne, qui lui impose des articles hostiles au ministère, et M. Guizot, qui lui défend de les publier sous peine de perdre sa place?—Eh bien, pas le moins du monde; M. Buloz n’est point embarrassé: il publie un à un les articles de M. Duvergier, il promet à chaque article à M. Guizot de n’en plus publier, et il recommence.
Quand on dit d’un ministre:—«Il est vendu à l’étranger,—il trahit le pays,—il amoindrit l’autorité,—il écrase le peuple,» etc.,
Cela n’a rien précisément de bien injurieux; ce sont des paroles de convention, que celui qui les reçoit aujourd’hui disait hier à celui qui les lui donne;
Absolument comme lorsque, dans la pièce d’Angelo, tyran de Padoue,—madame Dorval jouait la Thisbé, et mademoiselle Mars Catarina.—Quelque temps après, mademoiselle Mars joua la Thisbé, et madame Dorval prit le rôle de Catarina.
Ce n’est jamais qu’une comédie et deux rôles; cela a cependant un assez grave inconvénient. Monsieur Augustin, permettez-moi de vous le signaler.
«La France,» «la patrie,» «la gloire nationale,» «la liberté,» «le maintien de nos institutions,» «le peuple,» «les lois,» etc., etc.; chacun de ces mots n’est qu’un plomb, une balle ou un boulet, dont chaque personnage politique charge son pistolet, sa canardière ou son obusier, qu’il tire sur ses ennemis politiques, c’est-à-dire sur ceux qui occupent la place qu’il veut avoir ou qui veulent avoir la place qu’il occupe.
Les meilleurs moyens s’usent;—il faut en trouver d’autres.—Pour cela, on ne regarde pas plus à remuer le pays que cet égoïste dont parle un auteur grec, qui avait mis le feu à la maison de son voisin pour se faire cuire un œuf; l’important est que l’œuf soit cuit à point.