Nous en reparlerons, monsieur Augustin.

L’ADMINISTRATION.—De cette mobilité du pouvoir il arrive nécessairement qu’il n’y a pas d’administration.

Les choses vont encore à peu près, parce que nous avons hérité de la vieille machine administrative impériale, qui était bien faite, et qui, semblable à un tourne-broche, continue à tourner,—que ce soit un chien de race qu’on mette dedans pour y remuer les pattes, ou un de ces hideux chiens devant la nomenclature desquels Buffon a reculé.—On n’est pas nommé à une place ou à des fonctions parce qu’on est capable ou qu’on a fait des études spéciales, mais parce qu’on est cousin de quelqu’un ou utile à quelque autre.

Il y a des vaudevillistes devenus préfets.

On a inventé le fonctionnaire indépendant,—rouage d’une machine où il tourne à sa fantaisie;—ceci n’a l’air que d’une bêtise. Mais c’est plus fort que ça n’en a l’air au premier abord, quand on sait que l’indépendance d’un fonctionnaire consiste à abandonner le ministre qui s’en va pour se tourner vers le ministre qui vient, et que c’est un nom honnête qu’on est convenu de donner à la trahison pour la commodité des personnes.

Est-ce au défaut de croyances qu’il faut attribuer cela? j’en sais plus de vingt qui me diraient oui. Vous savez ce que j’en pense, monsieur Augustin, et je sais ce que vous en penserez tout à l’heure.

LA JUSTICE.—Il n’y a plus de justice.