État d’inertie qui laisse voltiger autour de la tête des pensées légères, bizarres, que le moindre souffle dissipe ou métamorphose comme les nuées de fumée, et lâche la bride à l’imagination qui vagabonde, laisse là le corps engourdi sans force pour la suivre ni la retenir, tel que l’oiseau qui, échappé de sa cage, voltige alentour et semble narguer l’oiseleur stupéfait de sa fuite.

État délicieux où le moi disparaît, où l’on assiste à sa propre vie, à ses sensations, à ses joies, à ses douleurs, comme à un spectacle, avec cette douce paresse d’un spectateur bien assis; où on ne peut creuser une pensée triste sans que, malgré vos efforts pour la retenir, elle vous échappe comme l’eau entre les doigts, et se transforme en une figure bouffonne qui, dansant dans la fumée du tabac, vous rit au nez et vous force à rire.

Cependant Arthur part. Sur l’escalier un homme l’arrête.

—M. Arthur est-il chez lui?

—Non, il est mort.

L’homme redescend devant lui tout étourdi.

—Allons, je suis bien heureux que ce gaillard-là ne me connaisse pas.

Il se met en route le long des boulevards. Il y a bien des choses à voir sur les boulevards au mois de mars.

Les marchands de fleurs ont sur les étalages les premières jacinthes, qui répandent une odeur de printemps. Les femmes, aux premiers rayons du soleil, sortent de leurs fourrures, comme les premières fleurs de leurs calices verts.

Il s’arrête à un escamoteur; l’escamoteur commence un tour plus surprenant que tous les autres, mais il ne le finit pas: il en a d’autres à montrer auparavant; puis il donne pour rien un pain de blanc d’Espagne pour nettoyer les chandeliers, à ceux qui voudront bien payer vingt sous une boîte de charbon pour les dents.