—Il est vrai que je méprise cette inquiétude qui fait que certaines gens agissent pour agir; faites quelque chose qui vaille mieux que le repos, ou tenez-vous coi.
—En ce moment, il vaudrait mieux t’habiller que de te tenir coi.
—Mon eau n’est pas chaude.
Les deux amis lâchèrent quelques bouffées de fumée; puis Arthur reprit:
—Ce n’est pas que je veuille défendre la flânerie; car l’exorde de mon discours était, s’il t’en souvient, tout à fait contre elle.
—Je n’en dirai pas non plus de mal; car
La paresse est un don qui vient des immortels.
Les deux amis avaient dans la tête une certaine quantité de citations qu’ils arrangeaient en manière d’aphorismes, selon le besoin qu’ils en pouvaient avoir.
—Mais, ajouta-t-il, il faut, pour que la flânerie soit douce, qu’elle soit aussi sans crainte et sans remords, sans peur et sans reproche; il faut avoir conquis le droit de s’y livrer corps et âme; car ce n’est pas la flânerie véritable, la flânerie pure et entière, que celle à laquelle s’abandonne le corps tandis que l’esprit le gourmande.
Il se leva et commença sa toilette. Pour une visite aussi peu fréquente et aussi importante que celle qu’il avait à faire, il crut devoir laisser de côté la cravate noire, qu’il n’avait pas quittée depuis plusieurs années. Il en plia donc une blanche, et la mit toute disposée sur le dos d’un fauteuil. Mais, lorsqu’il se fut lavé les mains, il les essuya tranquillement après sa cravate, ne songeant pas que ce morceau de linge blanc pût être autre chose qu’une serviette. Quand il s’en aperçut, il était trop tard, la cravate était entièrement fripée et sale. Il en fallut chercher une autre; il s’assit pour la plier sur ses genoux. Mais il était si bien sur le divan! Il reprit sa pipe et se mit à fumer. Sa tête reposait mollement sur les coussins...