Plus loin est un marchand de briquets phosphoriques.

—Ceci est la véritable pâte inflammable. Vous n’avez point besoin d’allumettes préparées; vous prenez gros comme rien du tout de ma pâte au bout d’un couteau, au bout de votre canne, au bout de ce que vous voudrez, de n’importe quoi; le moindre frottement contre une mèche l’allume aussitôt.

«Outre l’utilité de ma pâte inflammable, c’est une source d’amusements honnêtes et récréatifs; l’histoire de rire et de s’amuser en société.

«Vous êtes dans le monde... chez un ministre; un maladroit veut moucher la chandelle et l’éteint; obscurité complète. Chacun dit la sienne; on profite de la nuit pour embrasser sa voisine; mais vous, vous tirez votre briquet, que vous avez toujours sur vous; vous pariez un litre, rouge ou blanc, avec la maîtresse de la maison, que vous rallumerez la chandelle.

Arthur continue sa route; un homme l’arrête par le collet de son habit. Cet homme a devant lui un chat-huant et trois innocentes couleuvres, serpents féroces qu’il a, dit-il, apprivoisés. Plusieurs oiseaux, roides et étendus sur le dos, sont instruits à simuler la mort. S’il vous permettait de les toucher, vous verriez que la chose ne leur est que trop facile. Cet homme vend du savon à détacher. En vain Arthur veut s’échapper, son ennemi ne lâche pas prise; la foule s’amasse autour d’eux.

—Il est impossible de voir une tache plus dégoûtante que celle qui dépare le collet de l’elbeuf de monsieur.

Arthur donne un coup de poing dans l’estomac du dégraisseur, et le fait tomber avec sa table sur les oiseaux et les reptiles morts ou vivants, puis il s’enfuit; et, pour dérouter les regards, il quitte les boulevards et prend au hasard une rue qu’il ne connaît pas; elle le conduit dans une autre qui donne dans une autre. Arthur est perdu; il erre, il tourne; enfin il demande à un commissionnaire ou il se trouve; il a fait la moitié du chemin pour retourner chez lui.

—C’est l’heure du dîner de mon oncle, je vais rentrer; je n’irai pas aujourd’hui.

Le lendemain, Arthur se leva de grand matin. Il avait perdu un temps prodigieux, la veille, à faire chauffer de l’eau pour sa barbe; aujourd’hui, il se rasera à l’eau froide. Il est vêtu de deux pantoufles, l’une à lui, l’autre à Eugène; une jaune, l’autre rouge; un vieux pantalon noir taché de couleur et une chemise de nuit complètent le costume.

Le savon est lent à se dissoudre dans l’eau froide, il devient gluant et glissant, et jaillit, de la main serrée pour le retenir, comme un noyau de cerise entre les doigts.