Arthur se baisse et met la main dessus; le savon glisse dans la main et disparaît sous le divan.

Il prend une canne et frappe le divan; la canne rencontre le savon et le chasse violemment; la porte est ouverte, le savon sort; Arthur le poursuit; mais il passe à travers la rampe et, toujours glissant, descend d’étage en étage; deux fois Arthur le rattrape et veut le saisir avec le pied; mais il s’élance de plus belle. Arthur descend aussi vite qu’on peut descendre en pantoufles; il passe à côté d’une femme et d’un enfant, et manque de les renverser; il déchire entièrement une manche de sa chemise après un portemanteau pour battre les habits. Le savon s’est arrêté dans la cour; Arthur va le saisir; une servante, qui lavait à la pompe, vide son baquet, et le ruisseau grossi entraîne le savon par-dessous la porte cochère.

—Cordon, s’il vous plaît!

Arthur sort et prend son savon entre les jambes d’un cheval; mais on s’arrête dans la rue pour le regarder. Il s’empresse de rentrer; à chaque étage, il rencontre des voisins sortis pour chercher la cause du bruit qu’il faisait en descendant. Les uns rient, les autres haussent les épaules. Arrivé en haut, l’atelier est fermé. Il va frapper, il entend un enfant qui pleure et une femme qui gronde.

—Tiens-toi tranquille; dans une heure, tout sera fini, et nous nous en irons.

—Ah! mon Dieu! c’est un affreux petit enfant dont Eugène fait le portrait. Je ne puis me présenter ainsi. Que faire? Une heure avec une chemise incomplète par le temps qu’il fait. Si j’avais une pipe, seulement.

Arthur bat la semelle, marche en long et en large. Quand il a épuisé ces plaisirs peu variés, il sort par une lucarne, grimpe sur le toit, et va se chauffer à la fumée d’une cheminée voisine. L’heure se passe longuement; mais il n’est plus temps d’aller chez l’oncle: encore une journée de perdue.

La nuit, Arthur dort à peine pour se réveiller plus sûrement de bonne heure. Il songe aux raisons qu’il donnera à son oncle pour n’être pas allé le voir depuis si longtemps. Le matin, il se réveille; le jour pénètre dans la chambre, sombre et pluvieux.

—Allons, il pleut; je ne sortirai pas.

Quand on se trouve bien au lit, le moindre prétexte paraît suffisant pour y rester. Cependant Arthur se trompe, il ne pleut pas. Un rideau bleu étendu par Eugène devant la fenêtre, cause son erreur. Il n’y a rien de si triste et de si trompeur que la lumière passant à travers un rideau bleu: il ne faut pas avoir de rideaux bleus.