Il ne pleut pas, bien au contraire; quand Arthur se lève, il est tard.
Le soleil commence à prendre de la force; ses rayons colorent les toits, qui semblent le salir.
De la terrasse qui est devant l’atelier, on voit quelques toises du ciel, mais on le voit bleu, transparent; on respire un air attiédi et pénétrant; dans les villes, c’est tout ce qu’on sait du printemps. Les plus belles fêtes de la nature ne sont, pour le citadin, que ce que serait l’harmonie lointaine d’un bal pour le pauvre qui meurt de froid à la porte de l’hôtel.
Mais c’est assez pour faire penser que la forêt doit commencer à feuiller, que les hêtres et les érables verdissent les premiers avec l’aubépine; les cerisiers doivent déjà balancer leurs riches panaches de fleurs blanches; les oiseaux d’hiver ont cessé leurs chants secs et aigus, et la fauvette, dans le jeune feuillage des lilas, fait entendre la première sa voix pleine et vibrante.
Sur le bord des rivières doivent fleurir les chatons jaunissants des saules, autour desquels bourdonnent les premières abeilles.
Arthur dit à Eugène:
—Il faudrait cependant nous occuper de notre jardin.
Leur jardin se compose de trois longues caisses placées sur la terrasse.
—Que mettrons-nous, cette année, dans notre jardin?
—Pour moi, je ne veux plus de légumes; ta salade de l’été passé était détestable; d’ailleurs, il faut un peu d’ombrage.