—Il ne me reste pas même les actions de canaux.

On remonta en voiture. Les trois compagnons d’Arthur parlaient de leurs affaires; Arthur ne parlait pas. Cette scène de mort l’attristait, et aussi, à dire vrai, la pensée que le travail de toute sa vie ne suppléerait pas à l’héritage qu’il avait perdu par sa faute. Il descendit de voiture et continua sa route à pied. Comme il traversait le boulevard, quelques personnes étaient arrêtées (et qui ne s’est arrêté quelquefois pour moins?) à regarder un postillon qui rattachait un trait rompu par ses chevaux. Arthur, machinalement, s’arrêta comme les autres. Comme il regardait, un homme lui frappa sur l’épaule; il se retourna: c’était son oncle. Arthur pâlit et fut quelques instants immobile et glacé; puis il sauta au cou de son cher oncle et l’embrassa.

—J’aimerais mieux, dit l’oncle, que tu m’embrassasses moins fort et plus souvent.

Arthur l’embrassa encore; mais il y avait dans ses mouvements quelque chose de convulsif.

—Comment! c’est vous, vous dans mes bras? Mais c’est impossible!

—Il n’y a rien de si simple; je vais à Bayeux pour le reste de la belle saison.

—Mais, mon oncle, je viens...

—De chez moi peut-être? On enterre ce pauvre Dubois, mon voisin, celui que tu as vu si souvent chez moi...

—Quoi! ce n’est pas vous?

—Comment, moi?