—Adèle!
Elle détourna les yeux, comme si l’expression de la voix de Lucien lui eût fait mal.
Il lui prit la main et dit:
—Adèle, je t’ai trompée, je me suis trompé; je t’aime de toute mon âme: il s’est révélé en moi une énergie que j’ignorais. Je veux vivre pour toi, ne vivre que pour toi!
Madame L... parut d’abord fort troublée. Puis elle lui mit la main sur la bouche, et, lui prenant la main à son tour, mais avec fermeté et une expression qui disait: «Écoutez!» elle lui dit:
—Lucien, si vous me dites cela, si vous me dites n’importe quoi, je vous croirai un moment, et ensuite je ne vous croirai plus. Je perdrai même cette certitude que j’ai jusqu’ici, et avec laquelle j’ai construit mon bonheur, de votre franchise à mon égard. Vous sentez aujourd’hui ce que vous me dites; mais le naturel l’emportera bientôt, et un bonheur dont je sais me passer, parce que j’en ai trouvé un suffisant, me sera devenu tellement nécessaire, que je serai exigeante, importune, maussade. Laissez-moi vous aimer. Vous m’aimez en ce moment; votre imagination est violemment frappée par l’inusité de votre situation. Ne nous abusons pas; ne déshéritons pas notre avenir. Vous trouverez quelque douceur à savoir qu’il y a toujours un asile pour vous retirer, un sein pour appuyer votre tête, un cœur qui amasse des consolations pour vous. Moi, je serai heureuse; soyons amis. Venez voir mon jardin.
Lucien soupira, se leva et la suivit.
Le jardin se composait d’un beau couvert d’acacias; ensuite de fraîches plates-bandes de jacinthes; quelques tulipes aussi commençaient à ouvrir leur splendide calice; plus loin, des lilas entremêlaient leurs grappes parfumées.
Une belle pelouse s’étendait sous les pieds, parsemée de violettes, dont il fallait chercher sous l’herbe les fleurs d’une si riche couleur, qu’elles semblaient autant d’améthystes odorantes.
Madame L... se plaisait à faire passer Lucien par toutes les allées, comme pour multiplier ses traces et remplir sa maison de sa présence; elle semblait faire avidement sa provision de bonheur, pour le temps où elle serait seule.