Lorsque Lucien partit, madame L... fit bonne contenance; elle lui donna une clef, et lui dit adieu d’un visage riant. Elle le suivit des yeux; puis, s’enfermant, elle se jeta à genoux la tête dans les mains sur son divan, et elle donna cours aux sanglots qu’elle retenait et amassait sur son cœur depuis que Lucien avait commencé à parler.

Puis elle se releva, resta quelque temps pensive, et se dit:

—Je ne suis pas encore telle que je veux qu’il me croie, mais je le deviendrai. Mon Dieu, dit-elle en joignant les mains, quelle est la femme aussi heureuse, aussi certainement heureuse que moi? quelle est celle qui, comme moi, peut-être sûre que son amant n’est pas resté avec elle une seconde de plus que l’amour ne l’y a retenu, et que l’amour l’y a retenu tout le temps qu’il y est resté?

Lucien revint le soir, puis le lendemain, le surlendemain.

Le jour suivant, il dit à madame L...:

—Je ne reviendrai pas ce soir, des affaires...

Madame L... lui mit la main sur la bouche, et elle lui dit:

—Pas de raisons, pas de prétextes; rappelez-vous nos conventions.

Plus tard, Lucien fut deux jours sans venir, puis un mois. Chaque fois qu’il venait, il se trouvait toujours attendu. Le jour, la nuit, tout était préparé pour le recevoir; il était facile de voir que madame L... n’avait pas, depuis son départ, donné accès à une seule pensée qui n’eût pas rapport à lui.

Une fois, il fut quatre mois sans paraître.