—Je répondrai à deux questions par une seule réponse, reprit Lucien; je ne sais plus où elle est. Elle n’était peut-être pas d’une grande beauté; mais il y avait en elle, dans les moindres détails, une incroyable distinction: sa main était charmante, sa voix était d’une suavité que l’imagination n’attribue qu’aux anges, et ses cheveux, d’un beau blond cendré, étaient plus fins et plus moelleux que la soie.

Il y eut ici un moment de silence.

Lucien, en parlant, avait passé la main dans les cheveux de madame L... et ils étaient aussi d’un beau blond cendré, ils étaient aussi plus fins et plus moelleux que la soie. Lucien fut frappé de ce rapport.

Madame L... comprit ce qui préoccupait son amant, et elle sentait avec une joie indicible la main de Lucien qui continuait à caresser les ondes de ses beaux cheveux.

Lucien alors parla de rentrer; il craignait qu’elle n’eût froid. Adèle ne répondit rien. Et le bateau remonta le courant, grâce aux efforts de Lucien. Adèle cependant était en proie à une délicieuse rêverie. Soit entraînement naturel, soit coquetterie, elle se mit à chanter une mélodie simple et pénétrante. Sa voix, accentuée par l’émotion, vibrait au milieu du silence et de la nuit.

Lucien écoutait; il retenait le mouvement de ses rames et jusqu’à son haleine.

Cependant trois semaines à peine s’étaient écoulées, que Lucien commença à paraître distrait, préoccupé.

Adèle le vit, un matin, monter à cheval, et, sans y songer, il poussa ce cheval du côté de Paris.

Le soir même, elle lui dit adieu, et le pria de partir.

Pendant longtemps, Adèle vécut du souvenir de son bonheur. Elle ne pouvait aller nulle part où Lucien n’eût été avec elle. Sous ces lilas, ils avaient lu ensemble; sur cette mousse, ils avaient fait un frugal repas. C’est ce vieux saule qui, un soir, a arrêté le bateau; cette fauvette, il l’a écoutée toute une matinée; ce rosier est le premier qui ait fleuri, et il en a porté la rose tout le jour.