«Aimez-moi, ne m’abandonnez jamais. Je pouvais vivre sans vous, je m’ennuyais seulement, parce que mon cœur restait vide de toute la place qui vous appartenait; mais, maintenant, sans votre amour, je sens que je ne pourrais vivre; car votre amour est devenu ma vie tout entière.»
XVIII
Roger n’exagérait pas l’émotion à laquelle il était en proie; il ne pensait qu’à son inconnue, il ne pouvait plus voir personne sans une visible mauvaise humeur; il restait chez lui moins que jamais et ne trouvait nulle part de grève assez sauvage, de plage assez solitaire pour y cacher son bonheur, ses désirs et les souffrances que lui causait par moments la résolution de celle dont dépendait désormais son existence.
Les quinze jours que devait durer l’absence des habitants de la maison d’Ingouville étaient écoulés; il alla au Havre, plein d’une émotion dont l’œil le moins clairvoyant se fût aperçu.
—Je la verrai, se disait-il, je l’entendrai; mais je commanderai à mes transports; elle ne me connaîtra pas.
Arrivé au Havre, il avait oublié la lettre de recommandation: il fut anéanti. Que faire de cette longue journée? On ne pouvait repartir que le soir. Léandre eût traversé à la nage.
Il y avait, du temps de Léandre, des amants plus entreprenants qu’aujourd’hui; peut-être aussi n’y avait-il pas, à l’endroit que traversait Léandre, de courants semblables à ceux que l’on rencontre du Havre à Honfleur, et qui entraîneraient invinciblement un bâtiment qui aurait la maladresse de s’y laisser prendre.
Il acheta des fleurs et les fit porter à la maison d’Ingouville; certes, il envoya avec ces fleurs la meilleure partie de son âme.
Le lendemain, il arriva avec sa lettre. Au moment de sonner, il lui semblait que le bruit de la sonnette allait être le signal de quelque grand bouleversement dans la nature; cependant ce bruit n’eut d’autre effet que d’attirer le même domestique qu’il avait déjà vu.
—M. Aimé Deslandes!