XXI
MMM. à Vilhem.
«Encore quatre jours écoulés sans une lettre de vous. Au nom du ciel, Vilhem, ne jouez pas ainsi avec le sentiment le plus vrai. Depuis quatre jours, je paye mon bonheur si fugitif par d’horribles inquiétudes et d’intolérables angoisses. Depuis quatre jours, je meurs de douleur et de regret. Hélas! je m’arrête dans mes reproches; qui sait quelles tristes circonstances peut-être nous séparent? Il est une idée qui me vient à chaque instant et qui me donne un frisson glacial, une idée que je n’ose admettre, que je repousse tout le jour, une idée qui me revient en rêve pendant mon sommeil... Oh! non, on ne meurt pas quand on est tant aimé.
«Et, d’ailleurs, quel accident imprévu aurait pu vous frapper? Vous êtes jeune, bien portant; non, c’est impossible. Mais alors vous m’avez donc oubliée?... Oh! moi, avant de vous oublier, de vous laisser sans nouvelles, je serais morte. Mais alors mon âme serait auprès de vous.»
XXII
Vilhem à MMM.
«Il n’y a donc pas de sympathie, et tout ce qu’on en dit n’est qu’une misérable invention des faiseurs de romans! Vous ne m’avez donc pas reconnu? Madame, je suis resté dix minutes dans la même chambre que vous, et, parce que je ne vous ai pas dit mon nom, vous n’avez pas su que c’était moi.»
XXIII
MMM. à Vilhem.
«Vous n’êtes donc pas mort! Maintenant seulement, j’ose envisager cette épouvantable pensée, et elle m’effraye moins que je ne l’aurais cru, tant je sens bien que je serais morte de votre mort. Mes terreurs, mes nuits sans sommeil, n’ont donc servi qu’à me faire sentir plus profondément à quel point je vous aime. Mais que me dites-vous donc dans cette lettre dont je n’ai vu la froideur qu’après m’être réjouie en la recevant, en reconnaissant votre écriture? que me dites-vous? Je ne vous ai pas reconnu; vous avez passé dix minutes avec moi, etc.