—Non, bourgeois; mais je voudrais être chargé de traîner la petite voiture qui porte le papier en ville.

—Tu sais qu’on n’a, pour cela, que quarante sous.

—Je sais, bourgeois; mais on a moins de mal, et on est à l’air, et on peut fumer; ce qui est très défendu dans l’atelier.

—Mais comment vivras-tu?

—Eh bien, madame Potage travaillera davantage donc!

—Tu auras la charrette.

Prosper vola un gros chien, l’attacha à la charrette et le fit traîner; mais on lui donna bientôt une voiture plus grande: il mit le chien dessous, et voulut l’accoutumer à tirer, pour n’avoir personnellement presque plus rien à faire.

Mais le chien, sur ce sujet, pensait absolument comme son nouveau maître. Il se couchait sous la charrette et refusait de marcher.

Un matin, cependant, je vis Prosper attelé à la charrette et le chien tirant de toutes ses forces. Je ne tardai pas à voir le secret de ce zèle. Prosper avait attaché derrière son dos un gros morceau de viande, et il s’était attelé, lui, Prosper, à une distance où le chien, tout en arrivant très près de lui, ne pouvait cependant l’atteindre. La pauvre bête marchait, s’élançait, sautait, et ses dents claquaient à vide, et la charrette allait toute seule.

Toute le reste du jour, quand Prosper n’était pas attelé, il gardait au dos le morceau de viande.