Les trente sous de moins qu’il gagnait par jour auraient déjà gêné le ménage; mais Prosper avait chaud et rencontrait des amis qui avaient soif. Au bout de la semaine, il rapportait très peu d’argent. Sa pauvre femme faisait de son mieux pour soutenir leur petit ordinaire; mais elle est bientôt forcée de supprimer le café du matin.
Prosper s’emporte, crie, hurle qu’il faisait un métier de cheval pour faire honneur à ses affaires, mais que cette enfant, cette enfant qui le déshonorait, mangeait comme un hippopotame et causerait inévitablement sa ruine. Il fallut mettre l’enfant en service, en apprentissage, je ne sais où.
Prosper, en rentrant un jour, ne trouva pas la soupe faite; il fit un bruit horrible et annonça à Julienne que, puisqu’elle ne savait pas gérer sa maison, il lui déclarait qu’ils étaient de ce jour séparés de corps et de biens, et qu’elle vivrait de son travail à elle, comme lui, Prosper, du sien.
Il prit de la craie, sépara la chambre en deux et lui dit:
—Voici votre chambre, voici la mienne; le loyer coûte soixante francs par an: vous payerez trente francs, et moi, je payerai les trente autres.
Un soir, il amena au domicile conjugal un commissionnaire; il dit à Julienne:
—Madame Potage, Jean que voici est mon ami de cœur; il partagera mon lit et me payera la moitié des trente francs de ma part de loyer.
Jean était un garçon rangé; il consola Julienne, l’aida dans ses travaux d’intérieur.
Un soir, Prosper, qui n’était pas rentré depuis cinq jours, revint subitement et s’aperçut que Jean avait franchi à la fois la ligne de craie, la sainteté de l’amitié et les devoirs de l’hospitalité: il voulut battre Jean; mais Jean le battit et le mit à la porte.
Le lendemain, au jour, il revint et dit: