Ils ont mis dans la tête de certaines femmes certaines idées d’indépendance qu’elles ont eu la folie d’accepter et de faire accepter aux autres.
Les femmes, souveraines absolues de tout, ont voulu secouer le joug. Hélas! il n’y avait au monde d’autre joug que celui qu’elles avaient imposé aux hommes, et c’est celui-là qu’elles s’occupent de briser.
Les hommes commencent à en profiter. Les voici déjà qui ont de longs cheveux, qui se frisent et se pommadent et se parfument. Ils portent des mouchoirs brodés et des bouquets à leur boutonnière. Autrefois, ils portaient l’épée: ils l’ont d’abord remplacée par la canne; ils remplacent aujourd’hui la canne par une baguette fragile, dorée, ciselée, ornée de pierreries. Ils se parent de bagues, d’épingles précieuses et de tout ce que, autrefois, ils donnaient aux femmes; ils sont jaloux d’un camée ou d’un diamant qui brille au cou d’une belle femme, et ils enchérissent chez le joaillier le prix qu’elle en donne; puis ils le mettent avec joie et orgueil à leur cravate. Ils n’osent pas encore porter de colliers ni de boucles d’oreilles; mais, comme on dit, Paris n’a pas été bâti dans un jour.
Ils ont fait de nouvelles lois pour défendre le duel; ils ont décidé que désormais le bon citoyen, l’homme soumis aux lois de son pays, si on lui prend sa femme, ou si on lui donne un soufflet, n’ira plus pour cela exposer follement sa vie: il ira se plaindre au magistrat, qui condamnera le coupable à un ou deux mois de prison.
Les tyrans révoltés contre les opprimés ont imaginé adroitement de se peindre les moustaches avec de la pommade noire. Les femmes, voyant qu’ils leur salissaient la main en la baisant, se sont refusées à cet hommage de vasselage, et ont pris le parti de donner des poignées de main aux hommes, comme jadis ils s’en donnaient entre eux.
Les hommes ont borné leur éducation à faire semblant d’apprendre, pendant quelques années, les deux seules langues qui ne se parlent pas. Au sortir de leurs études, ils ne savent que parler; ils se sont emparés du droit à la loquacité, qu’ont trop longtemps gardé les femmes. Leur politique consiste à parler, leur bienfaisance à parler, leur science à parler; toutes les institutions modernes n’ont pour but que de parler, et pour résultat que d’avoir parlé.
Pendant ce temps, les femmes, qui sont tombées dans le piège qu’on leur tendait, ont réclamé l’égalité, sans regarder de combien il leur fallait descendre pour y arriver: elles font des études sérieuses; il n’y a pas aujourd’hui un homme de quarante ans que ne pourrait embarrasser une jeune fille de dix-sept ans. Elles savent la géographie, l’histoire, les mathématiques, le droit.
Les hommes ont renoncé à nager, à cause de leurs cheveux frisés; les femmes, aujourd’hui, nagent fort bien, montent à cheval, tirent l’épée et le pistolet, et elles font elles-mêmes les vers qu’on faisait autrefois pour elles. Quelques-unes ont, dit-on, essayé de fumer; je ne l’ai pas vu; mais ce n’était pas selon le but des hommes, qui se réservent le tabac et la parole, et ne se réservant que cela. Les hommes fument, comme autrefois les femmes parfilaient ou faisaient des nœuds. On abandonnera tout doucement aux femmes, la bureaucratie, la guerre, la marine, la garde nationale, les sciences, le pouvoir, etc.; et alors, devenus enfin le sexe faible et timide, et peut-être même le beau sexe, nous les dominerons à notre tour, et nous jouirons d’une puissance qu’elles ont trop longtemps exercée.
Je sais bien que quelques hommes, qui ne comprennent pas bien les choses, croient voir une tendance qu’ont aujourd’hui les femmes à s’emparer de toutes les corvées dont la réunion forme ce que nous avons longtemps appelé notre dignité: je sais qu’ils essayent de résister à l’invasion, qu’ils portent de grandes barbes et prennent des airs extrêmement terribles; mais cela ne trompe personne, et les femmes savent parfaitement à quoi s’en tenir.
Si, avant l’invention du tabac, l’on était venu dire à quelqu’un: