Il ne manque à la question, comme aux deux réponses, qu’une seule chose, un détail. C’est que le questionneur et ceux qui lui répondent sachent de quoi il est question.

Quand la Fontaine allait demandant à tout le monde: «Comment trouvez-vous Barruch?» on lui répondait généralement: «Qu’est-ce que Barruch?» au lieu de dire: «Je le trouve sublime,» ou: «Je le trouve ennuyeux.»

Croyez-vous au magnétisme?

Qu’entendez-vous par le magnétisme? Est-ce un fluide invisible, mystérieux, qui fait que la première fois qu’on voit une personne, on se sent repoussé ou attiré par elle, qui fait que nous reconnaissons nos amis que nous n’avons jamais vus, comme le chien reconnaît les voleurs qu’il rencontre pour la première fois?

Un homme qui a beaucoup aimé les femmes me disait un jour:

—Chaque homme a son harem dispersé dans le monde: il en reconnaît chaque femme à quelque instinct impossible à expliquer; mais il les reconnaît aussi sûrement que le berger reconnaît, dans dix troupeaux confondus, ses moutons marqués d’une raie rouge ou bleue... En entrant dans un salon, ajoutait cet homme, je vois du premier coup d’œil les femmes qui sont de mon harem dispersé, et celles auprès desquelles je perdrais mon temps et mes soins. Avec les secondes, je suis simplement poli; aux premières, je dirais volontiers: «Enfin je te trouve! et toi, me reconnais-tu?»

Un homme nous a déplu, sans cause, sans raison, sans prétexte; son gilet nous blesse, ses cheveux nous offensent. Cependant, comme l’homme s’est appelé lui-même animal raisonnable (on aurait peut-être dû dire raisonneur), on s’informe, on apprend que c’est un très-brave homme que celui pour lequel on ressent une si grande antipathie; il passe pour bon, simple, généreux.

On veut lutter contre ce sentiment qu’on trouve injuste; on lui adresse quelques prévenances, on se lie avec lui.

Eh bien, cet homme vous est plus tard funeste en quelque chose: il n’est pas mauvais en général; mais il est mauvais pour vous; il vous est contraire. Peut-être est-ce à cause d’une ressemblance. Vous avez les mêmes angles, ils se heurtent au lieu de s’emboîter.

Appelez-vous magnétisme cette foudre continue qui sort des yeux de cette femme, dont le regard perce le vôtre et vous fait éprouver une douceur voluptueuse?