M. Lafontaine annonça alors que l’insensibilité était complète quoique la somnambule parlât et répondît à toutes les questions que lui faisaient le magnétiseur ou les personnes que, disait-il, il mettait en rapport avec elle.
Il lui ficha des aiguilles sur les mains, sur le front, il lui traversa la main avec une aiguille: mais je sais qu’en certaine partie de la main, on peut le faire à toute personne éveillée sans qu’elle en ressente de douleur. Il lui traversa le sourcil avec une autre aiguille, et, comme le sang coulait avec une certaine abondance, il l’arrêta au moyen de passes et de l’imposition du doigt.
Il m’offrait de ficher moi-même des épingles sur la patiente; je n’ai pas besoin de dire pourquoi je préférai lui chatouiller les lèvres avec une plume: elle resta impassible, sans la moindre contraction.
Il lui fit respirer du soufre allumé, puis de l’ammoniaque, qu’il lui ordonna d’aspirer fortement; elle obéit, et aucun muscle de son visage ne trahit la moindre gêne ni la moindre sensation.
M. Lafontaine fit alors de nouvelles passes ayant, dit-il, pour but d’augmenter encore l’état électrique de Marie. Quelqu’un joua un air d’église sur un piano: elle parut surprise, un sourire ineffable s’épanouit sur son visage; elle joignit les mains et se leva, ses genoux fléchirent, son sein s’agita; graduellement elle arriva à une extase extraordinaire; elle murmurait les mots de «Seigneur!» et de «Mon Dieu!»
M. Lafontaine lui parlait et elle ne l’entendait plus; ses yeux fixes, pleins d’un feu humide, semblaient contempler le ciel ouvert; de grosses larmes coulaient sur ses joues. Cette fille, d’un visage insignifiant, d’une forme commune, devint tout à fait belle; ses attitudes étaient nobles, son regard inspiré.
On lui mit une bougie, non pas devant, mais sur les yeux, au point de lui brûler les cils, sans qu’elle semblât s’en apercevoir, sans qu’elle manifestât la moindre sensation causée par la flamme ni par la chaleur, sans que sa paupière frissonnât. On lui tira aux oreilles des capsules fulminantes, on lui ficha des épingles sur le front; son extase allait toujours croissant; elle tomba à genoux en s’écriant:
—Seigneur... viens!
Tout à coup le musicien changea de rhythme et joua un air de danse. Marie parut surprise, inquiète, contrariée; elle semblait se cramponner aux sensations nouvelles et contraires qui s’emparaient, qui s’évanouissaient d’elle malgré sa volonté; puis elle céda: au sourire extatique succéda un sourire de paysanne au bal; elle redevint une fille commune, assez laide, et elle dansa.
Puis le musicien se leva et quitta le piano. A l’instant même elle s’affaissa et serait tombée par terre si on ne s’était empressé de la retenir; mais on ne put l’empêcher de s’étendre sur le tapis, et elle eut une crise nerveuse fort semblable au commencement d’une crise d’épilepsie. M. Lafontaine la calma avec quelque peine. Cependant elle était toujours en état de somnambulisme; on lui demanda si elle souffrait, et, au milieu des convulsions, elle répondit que non.