Je sais bien que vous verrez là-bas des escrocs et des courtisanes, des imbéciles, des hypocrites, des orgueilleux, des égoïstes, des envieux, des mendiants, mais n'avez-vous donc pas remarqué qu'il y en a également quelques-uns ici?
Ou bien est-il si difficile d'avoir en ce pays-ci ou faim ou soif, ou trop chaud ou trop froid, que vous pensez à aller ainsi au loin.
Est-il quelque peste, ou quelque fièvre, ou quelque lèpre inconnue à notre pays, que vous sentiez le besoin d'avoir?
Ou êtes-vous si ennuyé des mouches qui nous impatientent ici l'été, que vous fassiez deux mille lieues pour être piqué par des moustiques?
Tout à vous,
STEPHEN.
LETTRE III.
J'ai encore songé, presque toute cette nuit, à vous et à vos voyages, et j'en suis arrivé à ne plus vous comprendre. Connaissez-vous donc bien ces mouches qui brillent et bourdonnent autour de vous, ces fleurs qui s'épanouissent et parfument l'air, ces oiseaux qui chantent, ces feuilles qui frémissent, cette eau qui murmure? les avez-vous tous regardés chacun une fois seulement, et chacune des parties qui les composent? les avez-vous suivies de leur naissance à leur mort? avez-vous vu leurs amours et leurs hyménées, avant d'aller au loin voir des choses que vous n'avez pas vues? Pour moi, j'ai eu ce matin une grande joie dont je vais vous faire part.