Le Vulcain, que nous avons déjà rencontré, a vécu chenille sur l'ortie.

Le papillon appelé tortue a été précédemment sur l'ortie une chenille rayée de vert et de brun, puis une chrysalide rayée. La belle dame est aussi une hôtesse de l'ortie.

Il vient un moment où le vieux mur change d'aspect. Le voici vert et rose—des rosiers du Bengale le tapissent dans toute sa hauteur, au point de le cacher entièrement. Les roses sont aussi nombreuses que les feuilles; cette palissade de dix pas, n'étale pas moins de mille à douze cents roses épanouies à la fois. Un peintre n'oserait pas en mettre autant sur des rosiers; les arts ont besoin de la vraisemblance, le vrai s'en passe facilement. Ici est un mur de roses roses; il est un autre coin où s'étend un gazon de roses rouges; une centaine de rosiers du Bengale, à fleurs pourpres, ont été palissadés sur la terre et la couvrent de feuilles et de fleurs; mais revenons au pied du vieux mur.

Là le terrain est sablonneux et chaud, l'herbe est rare, on n'y voit point de fleurs: ce n'est cependant pas un désert; voici dans le sable un petit entonnoir de deux pouces de large et de neuf lignes de profondeur, creusé en spirale; c'est une trappe faite par un chasseur; mais, tenez, le voici lui-même qui achève son piège. Le formica-leo vit de proie; c'est une sorte de ver jaunâtre qui paraît gris, à cause des travaux auxquels il se livre et qui le couvrent de sable et de poussière; sa tête est large et aplatie, et terminée par deux cornes qui ont un peu la forme de celles du gros scarabée appelé cerf-volant.

La proie qui lui sert de nourriture est agile; ce sont des mouches, des fourmis, des cloportes, des araignées, et lui ne peut faire que lentement quelques pas à reculons; ce n'est donc point la chasse à courre à laquelle il se livre, mais la chasse à l'affût. Le voici qui décrit une spirale qui part de la surface du sable pour arriver à la profondeur de quelques lignes; à chaque pas qu'il fait en reculant, il s'arrête et charge avec une de ses pattes sa tête aplatie; la tête chargée comme une pelle, il lui donne une secousse et jette hors du trou les quelques grains de terre qu'elle porte; c'est un ouvrage long et fatigant; cependant un quart-d'heure suffit pour le faire. Voici le traquenard terminé, le chasseur se poste au fond et s'enfonce dans le sable, et en ne laissant passer que ses deux cornes qu'il écarte l'une de l'autre autant qu'il lui est possible, et ses yeux qui sont au nombre de douze.

Voyez, mon ami, comme les voyageurs anciens ont été obligés de mentir pour faire croire qu'ils avaient vu des cyclopes, c'est-à-dire des gens qui n'ont qu'un œil; comme il leur a fallu venir de loin pour oser dire qu'ils avaient vu des hommes qui, d'ordinaire, s'appellent borgnes dans le pays que l'on habite. Eh bien! moi, sans sortir d'ici, je rencontre un chasseur qui a douze yeux!

Le formica-leo ne bouge pas, on croirait qu'il est mort ou endormi, ses cornes ne trahissent pas le moindre mouvement. Ah! voici du gibier; une fourmi, en côtoyant le bord du trou, a fait rouler un grain de sable et est tombée dans le piège à la profondeur d'une demi-ligne; elle remonte, mais le précipice est escarpé, et les grains de sable manquent sous ses pattes, elle perd du terrain, elle est au moins à cinq grains de sable plus bas que tout à l'heure. Cependant un effort l'a servie, elle remonte; alors le formica-leo, chargeant sa tête de gravier, lui lance avec violence cette pluie de sable, lui fait perdre l'équilibre, elle glisse, mais elle se cramponne et cherche à remonter; une seconde pluie de sable tombe sur elle et lui fait perdre le peu de terrain qu'elle regagnait; alors le chasseur précipite ses coups, et bientôt la malheureuse fourmi, entraînée à la fin, et par un terrain mobile qui roule sous ses pattes, et par les projectiles qui lui sont lancés sans relâche, finit par tomber au fond de l'entonnoir entre les cornes ouvertes de son ennemi; les deux cornes se resserrent et la percent, en la saisissant, de part en part, puis le chasseur redevient immobile: ses deux cornes sont des trompes au moyen desquelles il suce sa proie en peu de temps, il ne reste de la fourmi que la peau et la tête. Le formica-leo ne mange pas les têtes de ses victimes, la tête n'est pas de son goût; il charge ces dépouilles sur la catapulte qui lui sert de tête à lui-même et les lance au dehors, puis il se renferme dans le sable et reprend la position qu'il avait avant l'arrivée de la fourmi.

La place est bonne: voici venir un cloporte que le soleil incommode et qui abandonne le mur pour trouver ailleurs quelque fente fraîche et humide où il puisse se cacher; le voici sur le bord de la trappe, il glisse, le formica-leo fait jouer son artillerie, le cloporte remonte, en vain le chasseur redouble ses coups, le cloporte lui échappe.

Un moucheron, à son tour, se laisse tomber dans le piège; mais il ouvre ses ailes et s'échappe, malgré la pluie de sable que lui lance son ennemi. Le cloporte en s'échappant a fait à l'entonnoir de fortes avaries; c'est sans doute ce qui, joint au peu de succès des deux dernières chasses, détermine le formica-leo à aller tendre ailleurs ses embûches; il remonte sa spirale et s'en va, toujours à reculons, chercher un affût plus favorable à ses vues.

Mais arrête donc, maladroit; prends garde! Il n'est plus temps: il est tombé lourdement dans le trou au fond duquel un autre chasseur, un autre formica-leo se tient en embuscade; celui-ci le saisit, encore étourdi de sa chute, le transperce entre ses cornes, le suce et en fait un excellent repas.