Est-ce l'excès de la faim, ou la colère de voir ainsi un autre chasseur tomber dans son embûche et la dégrader qui le pousse à cet acte de férocité? ou les formica-leo ne voient-ils dans leurs semblables qu'une variété de gibier, et une forme de nourriture?

Le formica-leo n'est pas condamné à ramper toujours ainsi sur la terre; un soir de juin, après qu'il aura bien dîné, il s'enfoncera sous le sable, plus profondément que de coutume, sans laisser ses cornes dehors.

Là il s'enferme dans une boule, faite de grains de terre appliqués sur une coque de soie, dont le dedans est plus blanc et plus fin que le plus beau satin; bientôt il devient une sorte de demoiselle, qui coupe avec ses dents la coque qui la renferme. Cette mouche, qui a au premier abord beaucoup de l'aspect de ces libellules que nous avons rencontrées; et dont la larve vit dans la vase de l'eau, en diffère en plusieurs points. D'abord elle n'a pas la même magnificence dans sa parure; elle est grise, avec un petit liseré jaunâtre à chaque anneau; ensuite ses ailes plus larges, sont aussi plus longues que celles des libellules des prairies, et au repos, sont placées sur son corps, qu'elles recouvrent entièrement, en forme de toit, tandis que l'autre les tient écartées: je vous parle des différences qui s'offrent à l'œil d'un ignorant, les savants en voient bien d'autres qui existent, et d'autres encore qui n'existent pas.

Il est un autre insecte qui, de même que le myrméléon ou fourmillon, ou formica-leo (car on lui donne ces trois noms), tend des trappes dans le sable pour y prendre du gibier dont il vit; c'est la cicindèle, un joli scarabée revêtu de velours clair, piqueté de blanc, qui lorsqu'on le touche, sent à la fois la rose et le musc; son vol est un saut d'une toise, pour lequel il s'aide de ses ailes.

Avant sa transformation, sous sa première figure, la cicindèle vit également d'insectes, mais elle n'est pas construite de façon à pouvoir les poursuivre: elle est donc alors obligée de prendre dans des piéges une proie que plus tard elle saura bien atteindre, en fondant dessus comme un oiseau carnassier. Elle creuse dans une terre sablonneuse, un trou étroit, profond quelquefois d'un pied; elle monte à la surface de la terre, par les mêmes procédés qu'emploient les ramoneurs; là, elle courbe sa tête et en fait un pont, sur lequel on peut franchir l'abîme de deux lignes de large qu'elle a creusé; quand un insecte passe sur ce pont, le pont devient une trappe, s'enfonce sous ses pas, et le précipite au fond du trou où il est dévoré.

Beaucoup de poëtes et de philosophes ont surtout reproché à l'homme d'être le seul animal ennemi de son espèce: les poëtes et les philosophes ont eu tort: tous les animaux s'entre-détruisent et s'entre-mangent.