En effet, ce sont nos enfants qui nous rendront la peine et les ennuis que nous avons coûté à nos pères. De même, ne leur demandons pas la tendresse que nous leur portons, ce n'est pas à nous qu'ils la doivent et qu'ils la rendront, c'est aux enfants qu'ils auront plus tard, et dont ils se plaindront injustement, alors, comme nous nous plaignons d'eux et comme nos pères se sont plaints de nous.
«On ne se rappelle le respect et la reconnaissance que l'on doit à ses parents que pour l'exiger de ses enfants.»
LETTRE XXVIII.
Il est une famille de plantes vénéneuses dans laquelle on remarque la jusquiame, le datura stramonium et le tabac.
Le tabac est peut-être un peu moins vénéneux que le datura; mais il l'est plus que la jusquiame, qui est un poison violent.
Voici un pied de tabac qui est une aussi belle plante qu'on en puisse voir; elle s'élève à six pieds de hauteur, et du sein de larges feuilles d'un beau vert, fait sortir des bouquets de fleurs roses, d'une forme gracieuse et élégante.
Pendant longtemps le tabac a fleuri solitaire et ignoré dans quelques coins de l'Amérique. Les sauvages auxquels nous avons donné de l'eau-de-vie, nous ont donné en échange le tabac, dont la fumée les enivrait dans les grandes circonstances. C'est par cet aimable échange de poisons qu'ont commencé les relations entre les deux mondes.
Les premiers qui jugèrent devoir se mettre la poudre du tabac dans le nez furent bafoués d'abord, puis un peu persécutés. Jacques Ier, roi d'Angleterre, fit contre ceux qui prenaient du tabac, un livre appelé Miso-capnos. Peu d'années après, le pape Urbain VIII excommunia les personnes qui prenaient du tabac dans les églises. L'impératrice Élisabeth crut devoir ajouter à la peine de l'excommunication contre ceux qui, pendant l'office divin, se bourraient le nez de cette poudre noire; elle autorisa les bedeaux à confisquer les tabatières à leur profit. Amurat IV défendit l'usage du tabac sous peine d'avoir le nez coupé.
Une plante utile n'eût pas résisté à de pareilles attaques.