J'écoutais avec attention ces notions complètement fausses, récitées avec un aplomb admirable par le jeune savant.
—Je me rappelle avoir lu cela, lui dis-je, dans les Géorgiques de Virgile; mais je suis fâché de n'avoir pas ici le livre, j'y aurais eu recours pour une circonstance qui m'embarrasse: j'ai perdu une partie de mes abeilles, et je crois me rappeler que Virgile indique un moyen sûr de les reproduire.
—Rien n'est si simple, Monsieur. Vous prenez un jeune taureau[C] un taureau de deux ans; vous le tuez et vous l'enfermez dans une cabane où vous le laissez se corrompre. Au printemps suivant, dès que les prairies s'émaillent de leurs premières fleurs, vous voyez naître de cette corruption des vers qui ne tardent pas à devenir des abeilles.
—Ah! mais, c'est bien commode.
—Ce n'est pas ainsi, du reste, que naissent naturellement les abeilles.
—Je le crois.
—Elles ne sont pas soumises aux douleurs de l'enfantement[D].
—Elles trouvent leurs petits sur les fleurs et les herbes odoriférantes[E].
—Voyez un peu!