Mais vous voici arrivé à la vieillesse. On y a les cheveux gris ou blancs, ou une perruque; les belles fleurs dont nous parlions y portent leurs fruits inattendus: l'incrédulité, l'égoïsme, la défiance, l'avarice, l'ironie, la gourmandise. Vous riez des jouets de la jeunesse, parce que vous en trouvez là encore d'autres que vous prenez encore au sérieux: les places, les croix, les cordons de diverses couleurs, les honneurs, les dignités.

Car il ne sert de rien à l'homme qu'il vieillisse,
A chaque âge, il arrive ignorant et novice,
Sur nos derniers hivers et sur notre âge éteint,
La sagesse versant une lumière pâle,
Brille comme la lune aux doux rayons d'opale,
Aux heures de la nuit où l'on ne fait plus rien.

Les jours et les années sont des traits que la mort nous lance. Elle vous a réservé ses plus pénétrants pour la vieillesse; les premiers ont tué successivement vos croyances, vos passions, vos vertus, vos bonheurs. Maintenant, elle tire à mitraille; elle a abattu vos cheveux et vos dents, elle a blessé et affaibli vos muscles, elle a touché votre mémoire, elle vise au cœur, elle vise à la vie.

Alors tout vous est ennemi—dans la jeunesse, les belles nuits d'été vous apportaient des parfums, des souvenirs, de ravissantes rêveries; elles n'ont plus pour vous que des rhumes et des pleurésies.

Vous haïssez les gens qui sont plus jeunes que vous, parce qu'ils doivent hériter de votre argent; ils héritent déjà de votre jeunesse, de vos croyances, de vos rêves, de tout ce qui est déjà mort en vous.

Les hommes, presque tous, ne savent pas vieillir
Et, comme certains fruits, pourrissent sans mûrir.

Dites-le moi, sommes-nous aujourd'hui ce que nous étions hier, ce que nous serons demain? N'avons-nous pas à faire sur nous-mêmes, chaque jour, de singulières observations? Ne nous offrons-nous pas à nous-mêmes un spectacle curieux?

Allons, je commencerai mon voyage demain, et je me mettrai en route; car je finirais par trouver que c'est encore trop se donner de mouvement que de faire le tour du jardin.

Vale.