Vous m'arrêtez à mon premier pas avec un sourire de dédain. Ma maison est entièrement tapissée par une glycine. La glycine est un arbrisseau grimpant et sarmenteux qui a un feuillage à peu près semblable à celui des acacias, et duquel pendent de nombreuses et grandes grappes de fleurs d'un bleu pâle, qui exhalent la plus suave odeur. Cette magnifique plante vient de la Chine: peut-être l'admirez-vous là-bas quand je la contemple ici.

Je ne crois pas exagérer, même pour vous, quand je vous dirai que je trouve cela mille fois plus beau que les plus riches palais, cette maison de bois toute verte, toute fleurie, toute parfumée, qui, tous les ans a plus de verdure, plus de fleurs et plus de parfums.

Sous le toit qui avance est un nid de roitelet, un tout petit oiseau ou plutôt une pincée de plumes brunes et grises comme celles d'une perdrix, qui court sur les vieux murs et fait de mousse et d'herbe un nid qui a la forme d'une bouteille. Je te salue, petit oiseau, qui seras mon hôte pour cette année! sois le bien-venu dans ma maison et dans mon jardin! soigne et élève ta nombreuse famille, je te promets paix et tranquillité; on respectera ton repos, et surtout ta confiance. Il y a de la mousse là-bas, auprès de la fontaine, et dans les allées des brins d'herbe de la pelouse récemment fauchée. Le voilà sur le bord de son nid, il me regarde avec ses beaux yeux noirs; il a peur, mais il ne se sauve pas.

Le petit roitelet n'est pas le seul hôte de ma vieille maison.

Entre les solives, l'intervalle est rempli par des moellons et du plâtre. Sur la façade, qui est exposée au midi, il y a un trou dans lequel vous ne feriez pas entrer le tuyau d'une plume: c'est encore là une demeure, c'est encore là un nid; il appartient à une sorte d'abeille qui vit solitaire. Voyez-la revenir de la provision; ses pattes postérieures sont chargées d'une poussière jaune qu'elle a prise sur les étamines des fleurs; elle entre dans ce trou: quand elle en sortira, elle n'aura plus de pollen aux pattes; avec du miel qu'elle sait dégorger, elle en aura au fond de son nid fait une pâtée savoureuse.

Voici peut-être son dixième voyage d'aujourd'hui, et elle n'est pas près de se reposer.

Tous ces soins sont pour un œuf qu'elle a pondu, pour un œuf qu'elle ne verra jamais éclore; d'ailleurs, ce qui sortira de cet œuf, ce n'est pas une mouche comme elle, c'est un ver qui ne se métamorphosera en mouche que quelque temps après.

Cependant elle l'a caché dans un trou, et elle sait précisément de combien de nourriture il aura besoin pour arriver à l'état d'accroissement qui précède la transformation en mouche. Cette nourriture, elle va la chercher, et elle l'assaisonne et la prépare. La voici partie.

Mon Dieu! quelle est donc cette autre petite mouche si brillante qui marche sur la maison? Son corselet est vert et son abdomen est d'un rouge de pourpre; mais ces deux couleurs sont si éclatantes, que je suis fâché de n'avoir pas de mots plus splendides pour les exprimer que les noms d'une émeraude et d'un rubis joints ensemble.