—Qu'y a-t-il d'étonnant? Vous savez bien que l'ail vient dans la terre. La nature n'a-t-elle pas produit les porcs, c'est-à-dire que vous admettez que la nature ait produit les deux éléments avec lesquels les charcutiers font leur mauvaise charge de saucisson à l'ail, et vous ne voulez pas qu'elle ait pu réunir ces éléments en un seul et même fruit?
N'a-t-elle pas donné à certains arums l'odeur d'un gigot pourri?
N'a-t-elle pas donné aux budlëia la couleur et l'odeur des étamines du safran.
N'a-t-elle pas? Mais il vous faut des preuves, Monsieur ne croit rien sans preuves. En vérité, mon bon ami, il faut dire la vérité, vous devenez insociable, il n'y a plus avec vous de conversation possible, plus d'épanchements d'amitié, tout prend l'air d'un théorème, il vous faut des preuves de tout. Bientôt quand on vous dira qu'il fait du soleil ou qu'il pleut, vous demanderez la preuve. Eh bien, je ne sais vraiment pas comment vous la donner, etc.
Ce galimathias, débité avec aplomb, par cinq ou six hommes, à l'encontre de ce pauvre diable qu'on accusait sans cesse d'incrédulité, de voltérianisme, qu'on appelait esprit fort, ou M. Arouet, finit par lui troubler complétement la cervelle.
Vale.