M. Rémond n'en eût pas fait grand cas chez son voisin, mais chez lui c'était, disait-il, une plante admirable.
M. Ollbruck lui demanda pourquoi il ne faisait pas une collection d'orties et une collection de mourons comme une collection de chardons. Ils se séparèrent assez piqués. Et M. Ollbruck, prenant quelque temps après le premier prétexte venu pour écrire à son rival et ami, écrivit sur l'adresse:
A Monsieur
Monsieur Rémond, orties-culteur.
C'est de cette facétie que M. Ollbruck vint demander à M. Rémond un pardon que M. Rémond accorda avec empressement. Et chacun des deux commença à jouer le rôle de son caractère.
M. Rémond se frottait les mains et disait: Ah! ah! mon gaillard, ce n'est pas un chardon cette fois-ci, c'est une bonne et belle chose, c'est quelque chose d'inconnu, quelque chose que vous n'ayez jamais vu; je crois que vous ne vous rebifferez guère cette année.
M. Ollbruck, au contraire, disait: Vous n'aurez pas de peine à me battre, car je n'ai vraiment rien: ah! si... mais une bagatelle, un rien, qui ne me déplaît pas, mais que vous ne daignerez peut-être pas regarder, et peut-être aurez-vous raison, car j'ai peut-être tort d'aimer cela.
Et M. Rémond, qui connaissait son homme, se disait: Il paraît qu'il a quelque chose de très-bien, c'est sa manière; mais c'est égal, tant mieux même: s'il a quelque chose de très-bien, j'aime mieux que ce soit cette année où je suis gardé que toute autre.
—Mon bon monsieur Rémond, vint dire un matin M. Ollbruck, si je ne craignais de vous déranger, je vous prierais de venir voir la petite chose en question.
—Ah! vous voilà, mon cher Ollbruck, enchanté de vous voir, nous irons visiter mon triomphe demain matin; je suis curieux de voir la figure que vous ferez.
—Mon bon monsieur Rémond, j'irai m'humilier devant vos magnificences quand vous voudrez; mais ce que j'ai à vous montrer est si peu de chose que j'ai peur que d'un instant à l'autre cela ne vaille pas la peine d'arrêter vos regards.