—Le gaillard est bien sûr de son fait, pensa Rémond tout bas; puis il ajouta tout haut: Écoutez, Ollbruck, je vous avertis d'une chose, c'est que ma plante, toute éclatante qu'elle vous paraîtra, n'est pas en beauté, elle a souffert de l'hiver dernier.
—C'est comme la mienne, monsieur Rémond, l'hiver l'a fort attaquée.
—Mais enfin la plus belle fille du monde...
—Comme vous dites.
Après de longues cérémonies, on va au jardin de Rémond, et là Rémond nous montre, car je me trouvais avec eux, un bel arbrisseau dont les jeunes branches sont blanches; les feuilles oblongues, grandes, gaufrées, d'un vert foncé par-dessus et blanches en dessous, n'abandonnent point l'arbre pendant l'hiver. A l'extrémité de chaque branche, s'étale un bouquet lâche de sept à huit boules formées de petits alvéoles semblables à ceux des mouches à miel; la boule entière est de la couleur orange la plus resplendissante, et répand une agréable odeur de safran; quand la fleur commence à se passer, elle sent le miel; c'est le budleïa.
—Eh bien! dit Rémond triomphant.
Ollbruck était attéré, pâle, sans voix.
—Eh bien! que dites-vous de cela? répéta Rémond.
—C'est beau, c'est superbe, mais je connaissais la plante.
—Je ne vous dis pas que vous ne connaissiez pas la plante. Je connais les diamants de la couronne et je ne les ai pas pour cela. Respirez-moi cette odeur, et voyez cette couleur, les feuilles persistantes, mon pauvre Ollbruck. Un arbre qui ne se dépouille pas l'hiver, et quel feuillage vert en dessus, doublé d'argent en dessous. Je ne m'attendais pas à vous voir si accablé. Allons, allons, Ollbruck, vous prendrez votre revanche l'année prochaine. Allons voir votre prodige!