—Je ne peux pas, il faut bien que je trouve un avantage pour compenser le plaisir que je me prive de faire à M. Ollbruck qui est une bonne pratique, lui, qui ne prend pas ses dahlias chez Vaulin.
—Écoutez, à propos, je vous retiens vingt-cinq dahlias, dont six à bouts blancs.
—C'est bien, mais écoutez, monsieur Rémond, ne prenez qu'un budleïa. Voyez-vous, je trouve aussi que trois louis c'est trop cher, et j'aime mieux manquer à gagner un louis sur les deux et satisfaire en même temps vous et M. Ollbruck.
—Eh bien! va pour trois louis.
—Non, vraiment, j'aime mieux que vous n'en preniez qu'un, M. Ollbruck se fâchera.
—Le marché est fait, j'emporte les plantes et voici les trois louis.
M. Rémond plante un des deux budleïa, brise l'autre et le brûle.
A peine est-il sorti, que le jardinier remplace les deux budleïa enlevés par deux autres qu'il avait cachés, puis il va chez Ollbruck et lui joue la même scène, il réserve le second pied pour M. Rémond, etc.
Ollbruck agit entièrement comme Rémond, et chacun presse les jours pour voir arriver celui où il humiliera son rival par l'aspect du fameux budleïa.
Le budleïa, à leurs yeux, n'est plus bon qu'à brûler. Ollbruck arrache le sien et l'écrase sous ses pieds. Je sauve celui de Rémond qui allait avoir le même sort et je le plante dans mon jardin, où il me fait pardonner les plantes vulgaires et communes, Dieu merci, auxquelles je donne asile.